Le théâtre jeunesse, cette inestimable richesse

ou La fois où ma fille a accueilli, à coeur ouvert, la puissance des mots de Wajdi

Je l’ai déjà dit: j’aime la dramaturgie de Wajdi Mouawad. Ses personnages souvent tordus. La profondeur de son propos. Ses préoccupations autour de la haine, de la guerre. Ses dialogues percutants. Bon, c’est là le sujet d’une thèse et je pourrais y passer des mois, mais ce soir je me contenterai de dire que son oeuvre me met réellement dans tous mes états – mais vraiment dans TOUS mes états. Évidemment, cela n’a rien d’étonnant, dans la mesure où Mouawad fait régulièrement cet effet à des milliers des spectateurs aux quatre coins du monde.

Et ce soir, c’est ma fille de 9 ans (une habituée des salles de spectacles de plus en plus exigeante!), qui s’est retrouvée émue aux larmes devant l’une de ses créations jeunesse. Pacamambo, aujourd’hui considérée comme une pièce de répertoire, n’y va pas de main morte en traitant des thèmes liés au deuil. Poétique, cru, grave et lumineux, le sublime texte de Mouawad (livré par l’excellente Julie Beauchemin) a touché sa cible en secouant franchement ma belle enfant qui m’a dit, applaudissant à tout rompre et souriant de toutes ses dents tandis que ses larmes coulaient sans retenues : «Maman, j’ai tellement aimé ça…»

Je la revois et j’en ai encore des frissons: les yeux brillants, émue au plus profond d’elle-même, en proie à une prise de conscience sous forme de révélation magistrale. Oui ma belle puce, c’est aussi à ça que ça sert, l’art!

Je suis d’avis que le théâtre de qualité aiguise à la fois la lucidité et la capacité d’abandon chez l’enfant. Deux valeurs que je recherche, que je cultive, et que je souhaite transmettre aux miens. À la sortie, encore ébranlée par l’émotion que je venais moi-même de vivre (le show ET la réaction de ma fille à propos du show), je lui ai acheté le texte édité chez Actes-Sud.

Et je me suis donné le droit de me féliciter de lui transmettre, entre autres valeurs et richesses, mon amour du théâtre…

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Albums québécois, cuvée 2010: quelques coups de coeur

Dresser un palmarès n’est pas simple lorsqu’on gravite sur une terre fertile où l’effervescence créatrice, la justesse des mots et la musique de qualité sont bien présents. Je suis pourtant arrivée à concocter une sélection d’albums québécois qui m’ont marquée cette année. Permettez que je ne leur attribue pas de numéro?

Voici donc, en ordre alphabétique, quelques-uns de mes coups de coeur parmi les albums québécois de l’année 2010:

12 hommes rapaillés vol. 2

Tout aussi saisissant d’intensité, tout aussi empreint de respect et de passion que le premier. Pour tout dire, je suis émue de l’impact qu’a cette aventure dans le paysage musical et poétique québécois. Les arrangements mêlent ingénieusement les sonorités et transcendent le fossé des générations. Et malgré la douzaine de teintes individuelles, il se dégage de l’ensemble une unité de ton remarquable qui colle parfaitement aux mots de Gaston Miron. La réalisation de Louis-Jean Cormier est, en ce sens, impeccable.

Anodajay Et7era

Parce que le rappeur manie les mots avec justesse, finesse et aplomb et qu’il mène une carrière plus que respectacle sans déserter son Rouyn-Noranda natal. Et parce que ce 3e album comprend, outre une foule de textes touchants et percutants, une étonnante version hip hop de «Souvent, longtemp, énormément», de la merveilleuse Diane Tell.

Chantal Archambault La romance des couteaux

Ce deuxième album country-folk est joliment réalisé par Dany Placard, avec qui la parenté est évidente. Les textes de Chantal Archambault sont touchants et accessibles, ponctués de clins d’oeil et d’humour, écris dans un langage du terroir unique et coloré.

Ève Cournoyer Tempête

J’adore le mélange de guts et de douceur qui émane de Tempête. Ève Cournoyer est l’une de nos solides représentantes de la scène indé au Québec. Sans compromis, celle qui se définit elle-même comme une chansonnière a conçu ce troisième album d’un bout à l’autre, y révélant ses tripes, son âme et sa fougue. Un disque qui sonne vrai.

Jérôme Minière Le vrai le faux

Le montréalais d’adoption raffine continuellement sa signature sonore. Tout en subtilité il créé une atmosphère limpide, un amalgame de pop-folk bien dosé. Ses mots atteignent d’intéressantes profondeurs sans jamais s’empeser, grâce au sourire en coin qui s’immisce ça et là. Du bon rythme, bien enrobé. L’équilibre: voilà ce qui s’en dégage.

Jérôme Dupuis-Cloutier Gentleman refroidi

Jérôme Dupuis-Cloutier nous propose un album étonnant, qui s’écoute tout seul et qui s’immisce avec désinvolture entre les deux oreilles. À saveur folk, l’instrumentation est inventive et variée. Les textes vont droit au but et atteignent leur cible, sans polissage excessif. Ça dépasse un peu, ça sent l’âme rebelle, c’est à la fois sensible et viril, et ça résonne efficacement.

Karkwa Les chemins de verre

Que dire, sinon que la feuille de route de Karkwa frise la perfection sur tous les plans cette année? Musicalement riche (voire grandiose), Les chemins de verre est l’album incontournable de 2010, s’il en est un: du folk rock d’une rare qualité, solide et raffiné, à la fois vertigineux et accessible. D’un disque à l’autre, le groupe évolue avec constance, telle une flèche, sans dévier d’une trajectoire qui promet sans doute encore bien des surprises.

Laurence Hélie Laurence Hélie

Mais quelle voix! Un timbre absolument unique, aérien, feutré, d’une douceur excquise. Sans réinventer le style folk, la nouvelle venue injecte à ses chansons une fort jolie touche de sensibilité et de délicatesse, avec naturel et simplicité. Désarmante et touchante, Laurence Hélie est à découvrir absolument!

Martin Léon Les Atomes

Abouti, généreux et réalisé avec maestria, Les Atomes est une oeuvre sonore atmosphérique, raffinée, envoûtante. Un grand cru. On le sent libre, Martin Léon, alors qu’il nous propose des mélodies subtiles et atypiques, aux antipodes de la recette racoleuse. Musicien inspiré et arrangeur créatif, il a su insuffler à cet album un groove qui propulse dans les hautes sphères de sa sensuelle poésie. L’ensemble est lumineux et d’une remarquable fluidité.

Misteur Valaire Golden Bombay

Le seul album majoritairement anglophone de ma sélection québécoise, mais qu’à cela ne tienne! Avec ce deuxième album-dynamite, la formation atteint des sommets en terme de groove, de rythme, de folie et d’éclatement sonore, sans oublier cette touche kitsch qui fait tout leur charme. Irrésistible, jouissif, Golden Bombay est un pur régal.

Et maintenant, trinquons à ce que 2011 nous réserve sur la planète musique!

À vous qui passez ici de temps en temps, je souhaite une année riche en découvertes et ravissements.

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L’effervescence culturelle de l’Abitibi-Témiscamingue est bien réelle

Au cours des deux mois, j’ai eu le privilège et l’immense plaisir d’assister de près à une foule de manifestations culturelles mettant en lumière les talents de ma terre natale, l’Abitibi. En tant que blogueuse officielle des Rencontres culturelles AT@MTL, où une soixantaine d’artistes de l’Abitibi-Témiscamingue se sont produits dans le réseau des Maisons de la culture de Montréal, j’ai fait des rencontres passionnantes. J’ai revu des artistes que j’admire. Et j’ai fait de fort belles découvertes, que je me suis empressée de partager via les médias sociaux.

Marie-Élaine Massy-Émond. Crédit photo: Ville de Montréal.

J’ai beaucoup d’admiration pour les artistes qui choisissent de poursuivre leur travail de création en région, malgré une forte centralisation en milieu urbain, en raison des facteurs économiques et de la plus forte demande.

Par ailleurs, je crois qu’il y lieu de porter attention à cette tendance qui se dessine, celle qui semble favoriser une éclosion des manifestations artistiques en région. Que ce soit en musique, en arts visuels, en cinéma, en théâtre ou en poésie, on remarque effectivement un fort désir de faire rayonner la création régionale à partir de son point d’origine vers les grands centre, sans pour autant la dénaturer ou la déraciner. L’on n’a qu’à penser aux nombre grandissant de festivals culturels d’envergure qui émergent aux quatre coins du Québec depuis quelques années!

«Roger Pelerin, là où l'on s'arrête en passant». Un documentaire de Patrick Pellegrino

L’Abibiti-Témiscamingue connait un essor fulgurant en ce sens. Son Festival de cinéma attire la presse internationale et des cinéphiles de partout. Son Festival de musique émergente, dont on ne dit que du positif, vient de remporter un deuxième prix Félix. Il y a aussi le FRIMAT, puis le Festival des Guitares du monde, celui des Contes et légendes, et celui du DocuMenteur, qui ne cessent de croître et de se mériter des éloges. Il y en a d’autres. Les compagnies de productions théâtrales ont le vent dans les voiles. Les cinéastes reviennent en région après leurs études. Et je pense aussi à tous ces producteurs et gestionnaires de petites salles de spectacles, qui investissent temps et argent afin d’offrir l’occasion aux artistes locaux de se produire sur scène le plus souvent possible. Ces événements, et ces efforts de diffusion, ont une incidence directe sur la population et les artistes de la région, permettant de croire qu’il y a de la place pour une culture régionale viable au Québec.

Ce qui m’a frappé au cours des Rencontres culturelle AT@MTL, c’est le bonheur qu’éprouvent artistes et producteurs de partout à échanger, à tisser des liens. Que l’Abitibi reçoive les montréalais ou que Montréal reçoive les abitibiens, le plaisir est manifeste et réciproque.

En tant que métropole et ville culturelle par excellence, Montréal se doit de laisser une place aux talents régionaux. Au cours des deux derniers mois, elle a déployé les moyens et montré sa fierté d’offrir cette vitrine exceptionnelle aux artistes de l’Abitibi-Témiscamingue, qui ont profité avec passion de l’occasion pour planter des graines dans les cœurs et les têtes des montréalais.

En terminant, je vous invite à visionner cet exceptionnel court métrage documentaire d’une vingtaine de minutes présentant les arts et la culture de l’Abitibi-Témiscamingue: http://player.vimeo.com/video/16627530?color=ffffff
Production : Conseil de la culture de l’Abitibi-Témiscamingue
Réalisation : Dominic Leclerc
Coordination : Sonia Demontigny
Musique : Marie-Hélène Massy-Emond, Maxime Robin, William Rondeau, Saltarello

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Martin Léon: atomique attraction

J’ai assisté à de nombreux lancements. Mais celui d’hier à La Tulipe, soulignant la sortie du 4e album de Martin Léon, Les Atomes, laissera une marque indélébile dans ma mémoire.

Devant un écran géant, vêtu d’un sarrau, muni d’une baguette et d’un verre de Cognac, Martin procède à une présentation détaillée relatant l’historique du processus de création de l’une des pièces de l’album, L’invisible. À la manière d’un prof d’université, il nous explique toutes les étapes ayant menées à la mise au monde de cette composition aérienne aux arrangements particulièrement raffinés.

L’artiste voyageur nous convie sur la route de son inspiration, à sa façon – en douceur, avec son subtil et authentique charisme, et un talent de conteur manifeste. Son récit débute avec un séjour en Asie du sud-est, avec photos et vidéos en images de fond. De la genèse d’un rythme embryonnaire, puis de l’ébauche d’une mélodie jusqu’à la version finale, il nous permet une incursion dans les multi-couches de sa chanson: projeté sur l’écran derrière lui, un fichier Pro Tools dévoile les différentes pistes de voix, d’instruments et d’effets sonores. Puis, il nous ramène sur le Plateau à Montréal, dans son studio fraîchement érigé, et nous raconte, avec humour, respect et sensibilité, l’ambiance dans laquelle se sont déroulées les sessions d’enregistrement entouré de ses musiciens et amis.

Passant du coq à l’âne et s’amusant sérieusement de théories chimiques sur la nature des atomes qui lient ensemble tout et tout le monde (tableaux et graphiques à l’appui), c’est ainsi qu’il fini par décortiquer, devant nos yeux et dans nos oreilles, tous les aspects de L’invisible, et de l’album en entier, par ricochet. Le contexte, l’inspiration, la persistance des idées et leur évolution. Même l’histoire de la création de la pochette (superbe oeuvre gravée de Jean Lambert, symbolisant le jeu, la virilité, la philosophie zen et la progression à contre-courant) nous a été racontée.

L’invisible. Je l’écoute familièrement aujourd’hui, avec l’impression d’en connaître la source intime et profonde. À chaque écoute, désormais, je recevrai cette chanson comme un cadeau privilégié.

*

Si je vous parle aujourd’hui de Martin Léon, ce n’est pas seulement parce que j’ai été charmée par l’originalité de son lancement. Mais bien parce que je crois qu’il est l’un des auteurs-compositeurs-interprètes les plus intéressants au Québec en ce moment. J’ai adoré ses albums précédents, je les écoute encore régulièrement. La soirée d’hier me confirme que l’homme en question est un musicien intègre, perfectionniste, inspiré, lucide et fin poète. Avec Les Atomes il créé, plus que jamais, un environnement sonore riche, planant, charnel. Il a su peaufiner et raffiner ses arrangements jusqu’à leur donner un groove qui nous propulse dans les hautes sphères de sa poésie toute personnelle, tantôt anecdotique et imagée, tantôt pénétrante et sensuelle. Vraiment, on parle ici d’un excellent disque: abouti, généreux, réalisé avec maestria. Lire ma critique sur Showbizz.net.

PS: Merci à mon amie Marika, à qui je dois la découverte de ce grand artiste.

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L’adultère, façon Soleil Levant

Le fusil de chasse

Trois versions d’une même histoire.
Trois personnages et trois monologues pour une seule actrice.
Et un acteur qui écoute, ressent, encaisse.

Le fusil de chasse est un spectacle aussi exigeant qu’envoûtant, porté par un texte d’une délicatesse à faire pleurer. L’auteur japonais Yasushi Inoué a tissé un récit d’amour et de tromperies, et nous convie au coeur d’un drame invisible et silencieux grâce à la force des mots et à la sensibilité lucide de chacune de ces femmes, pourtant toutes plus différentes les unes que les autres.

C’est avec un dépouillement remarquable, dans la pureté de la tradition zen, que François Girard orchestre ces trois tableaux, où Marie Brassard se montre magistrale.

Lire l’intégralité de ma critique sur MonThéâtre.

Le fusil de chasse est à l’affiche à l’Usine C jusqu’au 16 octobre.

 

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Abraham Lincoln va au théâtre.

«Théâtre, théâtre et théâtre. Où s’arrête-t-il et où, dans ce fait sanglant, débute la tragédie nationale?» – Larry Tremblay.

Maxim Gaudette. (photo: Suzane O'Neill)

Une reprise attendue. Larry Tremblay, un auteur atypique dont j’aime le rythme, les mots et le propos. Claude Poissant, un metteur en scène que j’admire pour l’ensemble de son oeuvre.

Une première courue. Des acteurs de talent. Une réaction enthousiaste dans la salle. Et finalement, un pur bonheur que ce spectacle tragico-comique où s’enchevêtrent des couches de fiction sur une page marquante de l’Histoire, celle de l’assassinat du président Abraham Lincoln en 1865.

La prémisse de base a de quoi provoquer un délire schizophrénique: des acteurs engagés pour jouer le rôle d’acteurs campant à leur tour les rôles de Laurel et Hardy! Le célèbre duo burlesque représente ici la métaphore des rapports sado-maso qui régissent bien des relations humaines dans cette mascarade qu’est l’Amérique. L’Amérique comme lieu de toutes les représentations, l’Amérique qui se met minutieusement en scène et se donne en spectacle, rejouant sans cesse ses propres tragédies, alimentant la psyché collective autour du mythe de la célébrité.

Déroutante et étonnante, cette pièce est à la fois immensément complexe et profonde, tout en étant livrée avec une limpidité remarquable. Le spectateur va de surprise en surprise, jouissant de rebondissements aussi absurdes qu’inattendus. Si le propos est parfois grave et acéré, il est intellectualisé avec une réjouissante dose de ludisme, faisant constamment passer le spectateur du rire à la réflexion, et inversement.

Le travail d’acteur est ici scruté, humilié, et psychologiquement mis à l’épreuve. Les excellents Maxim Gaudette et Patrice Dubois, dans les multiples rôles de duos de comédiens, sont à la fois complices, rivaux, émouvants et pathétiques. Quant à Benoît Gouin, il est époustouflant dans son interprétation de statue de cire présidentielle animée sous les traits d’un metteur en scène excentrique.

Le rideau tombe sur une finale spectaculaire, provoquant dans la salle une vague d’enthousiasme spontanée. Manifestement, cette pièce plaît. Et c’est tant mieux, puisque la troupe du PàP part en tournée tout l’automne!

  • Abraham Lincoln va au théâtre, une création du Théâtre PÀP.
  • Texte: Larry Tremblay
  • Mise en scène: Claude Poissant
  • Distribution: Patrice Dubois, Maxim Gaudette et Benoît Gouin
  • À Espace Go, du 8 au 25 septembre (Montréal)
  • Puis en tournée au Québec tout l’automne. Visitez le site du PàP pour les détails.

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Le retour des Hommes Rapaillés

Hier, j’ai eu le plaisir de déballer un exemplaire de «Douze hommes rapaillés, volume 2» et de le savourer sur le champs, dans le cadre de mes fonctions à Espace Musique. D’un bout à l’autre. Deux fois plutôt qu’une. Avec frissons et ravissements, j’ai revécu des instants du spectacle de l’automne dernier à la Place des Arts, alors que je vivais l’un des moments marquants de ma vie de spectatrice.

Le volume deux est un bijou, au même titre que le premier. Mais avec ce petit supplément d’amour, tant du côté des artisans de l’album que du côté de l’auditrice que je suis, attachée au projet comme si j’en étais la complice silencieuse, émue de l’impact qu’a cette aventure dans le paysage musical et poétique du Québec.

Lire mon compte-rendu du lancement de l’album lundi le 30 août au Lion d’Or.

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Tracer un coeur sur la surface poussiéreuse

J’écris sur un coin de table poussiéreux pendant que l’homme de la maison n’en fini plus de se débarrasser des débris provenant de la destruction de toutes les cloisons du rez-de-chaussée.

Au deuxième étage, notre famille respire péniblement un air opaque, chargé de particules blanches en suspension; un mélange de plâtre, d’amiante, de brins de scie et de poussière centenaire.

Au deuxième, nous avons entassé nos biens et nos petites personnes, «en attendant». S’agit-il d’un hasard si, ce matin, en bricolant un semblant de brunch à saveur de plâtre, je fredonnais sans y penser: «Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux? Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête?»…

Il faut relativiser, car après tout, nous ne sommes ni victimes d’un tremblement de terre, ni d’une inondation. Nous ne sommes pas réellement en zone sinistrée (malgré le fait que nous inspirons, pour un certain temps du moins, un air des plus toxiques). Nous sommes ensemble – occupés et préoccupés, soit –  mais unis sous un même toit, en sécurité. Nous fabriquons notre nid. En se donnant beaucoup, beaucoup de trouble, effectivement mais… ne s’agit-il pas d’un choix?

Cela dit, je rage de ne plus avoir le temps de jouer avec mes filles, ni d’aller dans les événements culturels, ni de recevoir à souper, et de ne pas pouvoir me taper tous les Mad Men en rafale comme le reste de ma communauté. Je suis de plus en plus gênée auprès de mes amies-mamans à force des les implorer d’inviter mes filles à jouer «dans leurs maisons propres et saines, avec leurs enfants dont la chambre n’est pas un ramassis de boîtes de cartons poussiéreuses». Je passe mon chemin devant les boutiques, renonçant aux fringues qui me font de l’oeil de l’autre côté de la vitrine, car le budget est consacré à payer des ouvriers, un architecte, des madriers, et assez d’outils pour ouvrir une quincaillerie!

Et je rage de n’avoir rien d’intéressant à dire sur ce blogue…

J’écris sur un coin de table sans trouver d’inspiration. Aucun sujet d’ordre artistique ne me vient en tête; encore moins de pensée de nature contemplative. Tout ce que je contemple en fait, c’est le bordel de notre vie familiale, prise en otage par des travaux démesurés, en apparence du moins… et ça c’est sans parler de la vie de couple, qui, vous vous en doutez, est ici mise à rude épreuve.

Mais j’écris néanmoins, jetant mon dévolu sur le temps précieux qui se volatilise sans que je puisse le saisir, en cette période de rénovations intenses. Et j’en profite pour souligner toute mon admiration envers mon chum courageux qui travaille seul et sans relâche, avec une attitude exemplaire. Le visage recouvert de poussière, l’homme siffle et sourit, les yeux pétillants de fierté devant ce projet qui prend forme à la sueur de son digne front.

Aussi, je me retrousse les manches avec un sourire en S, en prenant le temps de réaliser que cette petite épreuve en est une de grand luxe…

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