Chacun dans sa bulle

Dimanche, il pleuvait. Ça sentait les feuilles rouges et la terre mouillée. Les cafés du Plateau étaient peuplés d’étudiants, d’écrivains et de pigistes en comm, tous voûtés sur leur portable, chacun dans sa petite bulle. Dans les boutiques, ça s’activait pour trouver des jeans, des bottes de pluie, une p’tite laine, une écharpe… Au marché du métro Mont-Royal, les citrouilles et les courges volaient la vedette, déjà.

Octobre et sa lumière orangée, oblique. Le mois où l’on coupe les vivaces et où l’on rentre les plantes vertes à l’intérieur. Le mois des récoltes, celui où l’on se recueille avec gratitude pour toutes ces richesses accumulées pendant l’été – soleil, chaleur vacances, amitiés, fêtes et autres plaisirs estivaux. Merci les amis, merci la vie, c’est maintenant le temps de calmer ses ardeurs. Besoin de repli. Recherche d’intériorité.

L’automne, cette saison qui nous rappelle à l’ordre et qui nous ramène vers l’intérieur, plus souvent, plus longtemps. Manger dans le resto plutôt que sur la terrasse. Ou encore, plus radicalement, rentrer à la maison. Refaire son nid dans le salon plutôt que sur son balcon. Cultiver son jardin de coeur plutôt que s’étourdir les sens. Se mettre en mode introspection plutôt que polir son bronzage et sa pédicure. Cuisiner des potages, faire des conserves, façonner des tartes avec les enfants. Préparer tranquillement son cocon avant l’hiver.

C’est l’automne et on regarde des téléséries, on commence une thérapie, on se réinscrit aux cours de yoga ou de zumba. On lit et on réfléchit. On aimerait dormir davantage et on se lève toujours un peu cerné le matin. Le soir, on se fait un bon thé ou on se verse un scotch, on s’enroule dans une couverture et on écoute la musique qui nous apaise. On sait que le manque de lumière nous affectera encore davantage au cours des prochaines semaines, alors on s’arme de patience et de confort.

Mais eux, ceux qui n’ont nulle part où aller, ceux qui errent, ceux pour qui la pluie et le vent sont des ennemis à combattre… eux, que font-ils? Comment abordent-ils l’arrivée de l’automne, ceux qui ne savent pas où ils passeront l’hiver? Je pense notamment à cet homme malade, manifestement schizophrène, qui a été expulsé du logement insalubre, tout près de chez moi, cette petite maison croche où il squattait depuis plus d’un an. Depuis son expulsion, le bâtiment est barricadé. Depuis, cet homme erre.

L’automne s’installe, la pluie est de plus en plus froide et, dans les ruelles du Plateau, les itinérants se terrent.

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