L’éveil

Suivant l’exemple des indignés, et maintenant celui, admirable, des étudiants en grève, je découvre en moi l’énergie d’une combattante. Peut-être ai-je fait le tour de mon jardin. Peut-être ai-je peur de m’engourdir à force de me regarder le nombril. Certes. Mais il y a plus.

Qu’est-ce qui fait qu’une trentenaire ordinaire, sans histoire particulière, issue de la classe moyenne, décide de se lever, solidaire, et de réclamer un meilleur avenir collectif?

Qu’est-ce qui pousse une femme occupée à élever ses enfants le mieux possible dans un monde effréné, qu’est-ce qui fait que cette citoyenne décide d’employer le temps qu’elle n’a pas pour contribuer à changer le monde?

Qu’est-ce qui fait qu’une individu, enlisée depuis des années dans le confort et l’indifférence, blasée de sa société diluée dans l’immobilisme et le cynisme, se mette soudainement en marche et incite son entourage à la suivre?

Qu’est-ce qui motive une fille de la génération X, qui a vu la déconfiture de ses parents devant un Québec refusant l’indépendance en 1980 et qui a elle-même pleuré aux premières loges lors du Référendum de 1995, qu’est-ce qui la motive à sortir de son marasme 17 plus tard, en se disant qu’il n’est peut-être pas trop tard?

L’élément déclencheur, c’est la forte impression, de plus en plus nette, que nos élus nous précipitent dans une impasse, à vitesse grand V. Et de cette impression surgit, un jour, une certitude, et ce sentiment devient si limpide, si évident, que l’on ressent alors l’urgence, l’obligation d’agir. Ce ras-le-bol généralisé nous prend aux tripes lorsqu’on décide que la farce a assez durée, que la soupape va sauter, qu’il faut se lever, mettre son pied à terre, s’affirmer, dénoncer, s’informer, se rallier et se tenir debout envers et contre les oppresseurs, les corrompus, les ennemis de la démocratie, les démagogues et les larbins.

Montréal, 22 mars 2012

«Il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue».
–  Victor Hugo.

Voilà. L’heure est venue.

Allons chercher ceux qui ont peur
Parlons-leur de nous, mais aussi d’eux
De leurs parents, de leurs enfants
De leur avenir
De leur terre-mère.

Grâce au pouvoir tranquille du nombre
Nous vaincrons la force d’inertie
Le nivellement par le bas
L’aplat-ventrisme
L’asservissement
L’opportunisme
Et l’individualisme.

Détrônons sans vergogne
Ceux qui nous donnent en pâture
Aux requins de la finance
Ces magouilleurs sans coeur
Qui nous dépossèdent de notre culture
Qui limitent la portée de notre langue
Qui démantèlent notre démocratie
Au profit de l’industrie
Des milliardaires, et des lobbys.

Refusons en bloc cette dictature de la croissance infinie
Projetons-nous bien au-delà des spéculations financières
Faisons preuve d’innovation et d’empathie globale
Pour le bien-être des générations futures
Et la pérennité de cette terre qui croule sous le poids de trop d’ambitions.

Tannée de faire semblant que tout va bien
Marre de sourire alors que tout me désole
Écoeurée de maugréer seule dans mon coin
Consternée de ne plus reconnaître ma patrie
Fatiguée de pleurer d’indignation.

Je n’en peux plus d’aller de déception en désillusion
Je ne veux plus devoir mentir à mes enfants qui doutent
Et c’est pourquoi je dénonce ceux qui clament au plus fort la poche
Et c’est pourquoi je refuse d’abdiquer devant ce régime sans âme.

Je rêve de compassion.
D’émancipation
D’humanité.
Je rêve d’indépendance.

«You may say I’m a dreamer… but I’m not the only one». – John Lennon

Je rêve d’un pays bleu et harmonieux
Où l’on fait de l’éducation une priorité
Où l’on encourage l’entraide et la collaboration
Je rêve d’un monde éco-responsable
Où les richesses sont réparties équitablement
Où l’on développe dans une perspective de durabilité.

Je rêve d’une société ouverte et sensible
Où les aînés sont protégés et respectés
Où la jeunesse est nourrie de fougue et d’espoir
Je rêve d’un peuple créatif et incarné
Porté par une culture inspirante et une langue vivante
Je rêve d’une nation affranchie et cultivée
Dont la vitalité n’a d’égale que sa fierté.

Mais pour qu’un rêve se réalise, encore faut-il se réveiller!

Aux allumeurs de conscience,
Aux visionnaires,
Aux utopistes,
Aux insoumis
À ceux qui m’inspirent, me guident
et m’incitent à leur emboîter le pas,
Je dis ne lâchez surtout pas,
allez et clamez votre indignation,
continuez de nous insuffler l’espoir d’un Québec meilleur
où règnent le respect du bien commun
et la justice sociale.

«Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde, puisque c’est effectivement de cette façon que cela s’est toujours produit.»  – Margaret Mead

Nous émergeons d’une longue torpeur
Et en ouvrant les yeux
En prenant la parole
En bousculant l’ordre établi
Nous clamons le droit d’être entendus.

Et puisque nous sommes éveillés
Il ne nous suffit plus de rêver:
Le temps est venu de mettre en oeuvre
Nos aspirations.

Et parce que l’heure est grave
Renversons la vapeur à grand coup de réflexions
Continuons d’envahir la place publique
Continuons de nous rassembler
Organisons la résistance
Par nos écrits, nos gestes et nos paroles
Marchons en confiance vers l’indépendance.

La révolution s’avère nécessaire
Elle s’impose d’elle-même
Inévitable
Incontournable
Elle commence ici
Elle commence avec nous
Nous, porteurs d’idéaux
Nous, bâtisseurs d’avenir.

Nombreux et éveillés
Alertes et indignés
En colère
Debout
Nombreux et fiers
Saisis d’urgence
Déterminés
Confiants
Inébranlables
Nombreux nous amorçons
L’ascension vers la liberté.

Tournons le dos à l’individualisme
Unissons-nous contre la barbarie
Et brassons la cage aux indécis. 
Fulminons en choeur
Hurlons notre ras-le-bol
Indignons-nous jusqu’à l’âme
Et réclamons la vérité. 
Vibrons de fougue et de passion
Accueillons le vent du changement
Ouvrons les vannes de l’espoir
En exigeant la justice,
l’équité,
le savoir,
et la beauté…

* * *

Mise à jour (15 avril 2012, 00:55)

J’étais présente à plusieurs des manifestations étudiantes qui ont eu lieu à Montréal au cours des dernières semaines. J’étais notamment parmi les 200 000 marcheurs lors de cette inoubliable journée historique du 22 mars. Ces bains de foule ornée de rouge, ces rassemblements ponctués de discours enlevants et ces mobilisations agrémentées de savoureux slogans, m’ont transformée, NOUS ont transformés. La grève étudiante, qui a des visées bien au-delà des droits de scolarité, est en train de nous révéler à nous-mêmes.

Le 7 avril, j’ai suivi via Internet, de midi à minuit, l’événement Nous?, incontestablement l’un des grands moments charnières du mouvement de solidarité qui ne cesse de croître au Québec depuis quelques semaines. Écris et lus par des personnalités impliquées, ces textes magistraux sont porteurs d’idéaux auxquels NOUS aspirons, et sont précurseurs de cette révolution que NOUS mijotons. J’estime que Nous? a tracé, de ses voix multiples, une voie vers ce futur qui sera. À nous maintenant, d’emboîter le pas, comme l’a fait l’inconnu de la 11e heure. À nous de dire. À nous d’agir.

Car ce mouvement populaire, loin de l’essoufflement, prendra dans quelques jours une nouvelle envolée, plus puissante encore. Le 22 avril, on se fait un printemps québécois en ce Jour de la Terre. Celui qu’on appelle déjà le Printemps Érable. Bien entendu, j’y serai, avec ma famille et de nombreux amis. Mais je serai là, le lendemain, aussi. Et l’an prochain, assurément.

En fait, c’est décidé, et j’en fais ici le serment: jusqu’à ma mort, tant que je le pourrai, je cocherai présente chaque fois qu’il sera question de l’avenir de mon peuple et de ma planète.

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13 commentaires pour L’éveil

  1. Ping : L’éveil | S'informer pour agir ! | Scoop.it

  2. Ping : L’éveil | Association Internationale des Machinistes et des Travailleurs et Travailleuses de l'Aérospatiale "AIMTA" section locale 922

  3. Josée Lamère dit :

    Me donnez-vous la permission d’utiliser votre texte en classe avec mes 5è secondaire ?

  4. Julie-Anne dit :

    Je n’ajouterais qu’un mot : merci.

  5. Denis Auger dit :

    Wow j’en ai les larmes aux yeux, je me reconnais tellement dans ces lignes de textes remplies d’espoir et de vérité. Merci !

  6. Jean-François Morasse dit :

    dommage qu’une si belle plume soit ternie par des idées collectivement suicidaire, mais ce n’est que mon avis..

  7. Sortie 252 dit :

    C’est magnifique, ce qui se passe, cette effervescence, cet éveil. Et moi qui pensais que ma génération, la génération X devait avoir honte d’elle-même. Vous lui redorez un peu le blason, chère dame.

  8. Ping : Pour ceux qui dorment encore… « Comité de Citoyens Responsables de Bécancour

  9. Yanik Crépeau dit :

    « Fatiguée de pleurer d’indignation » dit-elle. Lisez ce texte et pleurez d’admiration, de joie et d’espoir. Gabriel Nadeau-Dubois a raison: cette grève est gagnée parce que les bêtes féroces d’espoir se sont réveillées!

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