Alouette, gentille alouette…

un récit de David Marin

Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part d’une (més)aventure qui m’est arrivée récemment et qui en dit long sur notre définition de «sécurité publique».

Je suis ce qu’on appelle un travailleur autonome. Pour gagner ma vie, j’écris des chansons, des sketchs, des petites histoires ou des chroniques que je vends du mieux que je peux, souvent pour très peu. Je survie dans ce métier surtout parce que je travaille de la maison, m’épargnant ainsi les frais de transport, les restos, la location d’un bureau, etc…

Cette survie dont je vous parle est aujourd’hui menacée par des éléments hors de mon contrôle. Je m’explique:

Depuis plusieurs semaines, des perturbations extérieures nuisent considérablement à ma productivité. En ce début de printemps, des milliers d’oiseaux (des outardes, je crois) ont choisi mon arrière-cours comme lieu de rassemblement matinal. Leurs cris stridents, loin d’être mélodieux, envahissent toutes les pièces de mon humble demeure. J’ai beau me mettre des bouchons dans les oreilles, fermer les fenêtres, monter la radio, rien n’y fait, je suis incapable de me concentrer. Ce petit manège animalier (qui dure parfois plus d’une heure !!!) brise d’un coup la routine de travail que j’ai minutieusement développée depuis plusieurs années.

Pour mettre fin à ce cauchemar, j’ai d’abord tenté de leur faire peur avec un balai, puis j’ai sorti le chien, ce qui sembla fonctionner pour un temps. Mais le matin suivant, ces volatiles débiles ne pensant qu’à leurs nombrils s’installaient dans les arbres, sous ma galerie ainsi que sur le terrain de mon voisin. On aurait même dit que leurs rangs grossissaient proportionnellement à l’énergie que je mettais à les faire fuir. Je n’en pouvais plus alors j’ai appelé la police. 9-1-1!

Quelle erreur! On a d’abord cru à une mauvaise blague, puis on s’est moqué de moi et enfin on m’a laissé parler:

– Mais non monsieur l’agent, je suis sérieux, j’aimerais qu’on m’envoie une escouade tactique avec tout l’arsenal nécessaire, le gaz machin, les grenadines, les matraques et qu’on montre à ces oiseaux moqueurs c’est qui qui mène icitt’!
– …
– Mais c’est mon droit de travailler dans le calme il me semble, non? Il doit bien y avoir un règlement, un loi qui me protège de ce désordre sonore. Et je vous épargne les détails de ce qu’ils laissent comme traces sur les vitres de ma voiture. Qui sait où ils vont s’arrêter?
– …
– Sérieusement j’ai cru voir de l’agressivité dans les yeux de certains d’entre eux, je me sens intimidé et j’ai bien peur qu’ils soient sur le point de s’en prendre à ma personne monsieur l’agent…

Mais rien à faire… On m’a expliqué calmement que la police ne s’occupait pas de ce genre de dossier. On a tenté de me convaincre que la nature était ainsi faite, que c’était certainement temporaire et que je devrais en accepter les petits désagréments de façon plus philosophique. Au fond, on me disait que j’étais chanceux de vivre dans un endroit où les oiseaux venaient encore se poser de temps en temps, pour nous rappeler leur existence sauvage et libre.

J’ai raccroché. Je ne savais plus trop quoi penser de tout ça alors j’ai ouvert la télé pour me changer les idées et peut-être enfin retrouver un peu d’inspiration. C’est à ce moment,en regardant les nouvelles, que j’ai tout compris. La police m’avait menti sur toute la ligne. Si la sécurité publique ne pouvait rien faire pour moi, c’est qu’elle manquait d’effectifs. Le pauvre représentant des forces de l’ordre n’avait pas trouvé le courage de me le dire mais je le voyais bien à l’écran: tous ses hommes et femmes casqués, armes et boucliers à la main, étaient définitivement sur une mission des forces spéciales. Oh là là… et quelle force mes amis!! Gaz, grenades, matraques, ces policiers en armures déployaient avec une étonnante violence tout l’arsenal disponible pour écraser d’autres oiseaux libres (je crois qu’il s’agit du gréviste-à-carré-rouge d’Amérique). Ces oiseaux, encore plus nombreux et bruyants que ceux dont je me plaignais encore ce matin, ces oiseaux uniques dans notre paysage étaient donc venus aussi, en ce début de printemps, rappeler au monde leur existence.

J’ai fermé la télé et je me suis couché, rassuré.

Affiche vue dans la vitrine du Quai des Brumes

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4 commentaires pour Alouette, gentille alouette…

  1. Éric Athlan dit :

    Délicieux 🙂

  2. yolande doucet dit :

    alouette gentille alouette…alouette je te plumerai !

  3. Thérèse Mathieu dit :

    Je dis bravo à la belle relève étudiante…et de plus pacifique ( malgré les  »éclats  »de certains médias ). Je crois que nous assistons à un vrai message de leur part : celui de l’équité , justice sociale.

    Bravo pour l’alouette, gentille alouette.
    T.Mathieu

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