Évanescente inspiration

Ce concept flou – censé définir quelque chose comme un flot d’idées géniales et limpides, qui surgit mystérieusement, alimentant une soif viscérale de créer, et dont la manifestation résulte en un exaltant sentiment de satisfaction – me fait défaut depuis des mois. Et j’en souffre.

Je tente alors de la provoquer. En vacances, me dis-je, hors du contexte oppressant de la routine, elle reviendra. Sur le site paradisiaque où trône mon chalet, avec vue imprenable sur le majestueux Lac-St-Jean, j’ai souvent été illuminée par de grisants épisodes de créativité. J’ai cet été la chance inouïe d’y être pour six semaines. Pourtant, après deux semaines, rien ne vient. Et c’est ainsi que se dessine l’angoisse du vide…

Il reste du temps, je me dis. Ça viendra. Laisse aller. Prend le temps de dormir, de reprendre des forces après cette année excessivement chargée que tu viens de traverser. Apprécie la pureté de l’air, le reflet cristallin du lac, la douceur de vent. Profite!

Et passent les journées. Mon corps se délie doucement selon le rythme solaire estival. Les traces de la chaise, du bureau, de l’écran, de l’horaire qui s’étaient incrustés insidieusement dans chaque parcelle de ma posture et de mon cerveau, s’atténuent. Je prends plaisir à nager tous les jours dans l’eau fraîche, si revitalisante. Je me prélasse sur un chaud lit de sable, à ma guise; ou dans le balancement subtil d’un hamac, lorsqu’il me prend l’envie de m’attarder dans un livre. Quelques poses de yoga, spontanées, sur la petite île que constitue la roche plate au milieu de ma baie. Puis une chorégraphie souple et sensuelle avec mon compagnon de danse par excellence, ce hula hoop grand format que j’ai moi-même confectionné il y a de cela quelques années. Et bien sûr, marcher pieds nus tout le jour durant. Tout cela, avec gratitude et humilité.

Pendant ce temps, j’admire mes filles, libres et bronzées, qui étirent le temps et l’innocence de l’enfance.

Parfois, j’esquisse quelques croquis sans prétention. Je pianote, de temps en temps. Je gratte ma guitare, par moments. Je capte aussi, à l’occasion, quelques instants de grâce dans ma Canon. Tout cela instinctivement, sans attente ni pression: je ne suis ni illustratrice, ni musicienne, et la photo n’est pour moi qu’un hobby parmi tant d’autres.

Je suis en vacances dans un lieu de rêve et j’ai tout mon temps pour vaquer à ces petites choses qui me font du bien. La belle vie, quoi! De quoi pourrais-je bien me plaindre, dites-moi? Qu’est-ce qui manque à mon bonheur? C’est pourtant si simple: l’envie, le désir, le besoin d’écrire, qui m’a toujours été vital… Écrire, c’est plus qu’un hobby: c’est mon véritable talent, le seul auquel je puisse réellement prétendre sans ressentir le complexe de l’imposteur!

Ce que je comprends, c’est que cette année difficile, cette routine oppressante et épuisante, ce quotidien sans répit, ont anéanti la vivacité habituelle de ma plume.

Au jour le jour, je réapprivoise mon rythme naturel avec gratitude. Dans mes oreilles: le ressac agité de ma mer intérieure. Et j’attends l’inspiration qui, j’espère, me surprendra avant la fin des vacances…

En attendant, je me suis dit que de prendre le taureau par les cornes agirait peut-être – qui sait? – comme un catalyseur. Le syndrome de la page blanche, c’est un sujet comme un autre, après tout! 😉

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3 commentaires pour Évanescente inspiration

  1. Isabelle Marjorie Tremblay dit :

    Quel texte sensible et généreux. Merci de partager ! À mon avis, l’important est d’écrire un peu chaque jour. Sans trop réfléchir, sans objectif précis et surtout, sans te juger. Pour le plaisir et pour l’exercice. Tu en garderas peut être une, deux phrases ou paragraphes ici et là. Quelques images, des symboles, une touche d’émotions…. dont tu apprécieras possiblement la valeur une fois replongée dans le chaos urbain. Oui, tu viens d’écrire sur ton manque d’inspiration. Il y a là encore beaucoup à dire. Le vide. Le rien. Ce rien -si essentiel à la création- qui mène toujours quelque part.

  2. Etolane dit :

    C’est drôle mais je la trouve inspirée ta page blanche! 🙂 L’inspiration est un peu comme l’amour, énergie abstraite, sensible, parfois comme une anguille qui glisse entre les doigts, parfois comme une plante que l’on cultive, souvent comme le vent qui caresse la peau.

    Profites, absorbes, laisse couler, tu es sur la bonne voie! 😉 Incontrôlable inspiration… C’est aussi ce que j’aime d’elle, son coté sauvage qui rend si précieuse à apprivoiser….

    Un jour, j’irai bien tester l’inspiration de ton lac qui titille mes curiosités! 😉 Pensées d’un lac à un autre…

  3. merline dit :

    l’écriture c’est la musique de notre âme, de notre être. Et parfois les notes sont des silences. mais sur la partition ces silences restent musique et bienheureuses celles qui savent l’entendre, l’écouter. bienheureuses aussi de savoir les écrire ces silences. merci à vous, ces silences me permettent d’entendre les miens aussi.
    BRQ64

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