Une bulle de poésie en plein coeur du trafic

Une artère achalandée. Des passants. Des bus. Du va et vient. Et… des balançoires qui vous propulsent instantanément dans un univers parallèle! C’est du moins ce que j’ai ressenti lorsque j’ai tenté l’expérience des 21 BALANÇOIRES, cet instrument collectif qui occupe la promenade des Artistes du Quartier des spectacles jusqu’au 23 mai. (Lire mon entrevue avec les conceptrices Mouna Andraos et Melissa Mongiat).

J’ai d’abord passé un long moment à observer les gens qui se prêtaient au jeu. Certains étaient là par hasard, intrigués. D’autres semblaient être venus essayer l’installation intentionnellement. D’emblée, je sentais une frénésie dans l’air, une curiosité candide, ludique. Certains se balançaient en groupe de trois, d’autres seuls. Les jolis sons qui déferlent selon la manière d’activer les balançoires ont eut sur moi un pouvoir d’attraction immédiat. L’envie d’essayer était irrésistible!

J’ai commencé timidement, dans une section où il n’y avait personne. J’ai d’abord tâtonné, m’assoyant sur une balançoire verte, découvrant des notes de piano à la sonorité étonnement limpide. Puis, comme un enfant qui découvre un nouveau jouet, j’ai tout de suite voulu savoir à quel instrument correspondait les autres couleurs du trio de balançoires. Bleu: guitare. Orange: vibraphone. Des notes claires, agréables à l’oreille, qui variaient selon la cadence de mon balancement. Emballée par ma tentative en solitaire, j’ai vite déserté ma section pour aller jouer les voisines auprès d’une femme qui se balançait seule dans son coin. Attentive à ce qu’elle faisait, j’ai voulu m’adapter à son rythme, afin de produire une mélodie harmonieuse. Mais comme elle m’ignorait alors, le résultat clochait. Un homme est venu occuper la troisième balançoire de notre section. Lui aussi, au début, n’en faisait qu’à sa tête, entraînant notre trio dans une étrange cacophonie. Pas forcément désagréable mais de toute évidence, il y avait matière à amélioration…

J’ai alors compris que le clé –  la coopération – impliquait forcément la communication. J’ai donc prit la parole: «Vous avez envie qu’on essaie de coordonner nos mouvements? On arriverait peut-être à produire une vraie belle mélodie!» Il n’en fallait pas plus: nous, trois individus ne s’étant jamais vu ou parlé auparavant, étions instantanément devenus une équipe. Et le résultat fut… magique! Nous avons dû nous attarder là une bonne quinzaine de minutes. En accords, complices, mes compagnons et moi éprouvions un réel plaisir, une euphorie communicative et manifeste, puisque de nombreux passants se sont arrêtés devant nous, amusés, pour écouter le fruit musical que nous balancions en l’air sans cacher notre émerveillement.

Devant nous, la Place des Arts. Derrière nous, un rayon de soleil découpant le toit rouge de l’église St.John. Le bruit du trafic? Dissimulé, enterré sous les notes de notre harmonieuse sérénade.


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