Abraham Lincoln va au théâtre.

«Théâtre, théâtre et théâtre. Où s’arrête-t-il et où, dans ce fait sanglant, débute la tragédie nationale?» – Larry Tremblay.

Maxim Gaudette. (photo: Suzane O'Neill)

Une reprise attendue. Larry Tremblay, un auteur atypique dont j’aime le rythme, les mots et le propos. Claude Poissant, un metteur en scène que j’admire pour l’ensemble de son oeuvre.

Une première courue. Des acteurs de talent. Une réaction enthousiaste dans la salle. Et finalement, un pur bonheur que ce spectacle tragico-comique où s’enchevêtrent des couches de fiction sur une page marquante de l’Histoire, celle de l’assassinat du président Abraham Lincoln en 1865.

La prémisse de base a de quoi provoquer un délire schizophrénique: des acteurs engagés pour jouer le rôle d’acteurs campant à leur tour les rôles de Laurel et Hardy! Le célèbre duo burlesque représente ici la métaphore des rapports sado-maso qui régissent bien des relations humaines dans cette mascarade qu’est l’Amérique. L’Amérique comme lieu de toutes les représentations, l’Amérique qui se met minutieusement en scène et se donne en spectacle, rejouant sans cesse ses propres tragédies, alimentant la psyché collective autour du mythe de la célébrité.

Déroutante et étonnante, cette pièce est à la fois immensément complexe et profonde, tout en étant livrée avec une limpidité remarquable. Le spectateur va de surprise en surprise, jouissant de rebondissements aussi absurdes qu’inattendus. Si le propos est parfois grave et acéré, il est intellectualisé avec une réjouissante dose de ludisme, faisant constamment passer le spectateur du rire à la réflexion, et inversement.

Le travail d’acteur est ici scruté, humilié, et psychologiquement mis à l’épreuve. Les excellents Maxim Gaudette et Patrice Dubois, dans les multiples rôles de duos de comédiens, sont à la fois complices, rivaux, émouvants et pathétiques. Quant à Benoît Gouin, il est époustouflant dans son interprétation de statue de cire présidentielle animée sous les traits d’un metteur en scène excentrique.

Le rideau tombe sur une finale spectaculaire, provoquant dans la salle une vague d’enthousiasme spontanée. Manifestement, cette pièce plaît. Et c’est tant mieux, puisque la troupe du PàP part en tournée tout l’automne!

  • Abraham Lincoln va au théâtre, une création du Théâtre PÀP.
  • Texte: Larry Tremblay
  • Mise en scène: Claude Poissant
  • Distribution: Patrice Dubois, Maxim Gaudette et Benoît Gouin
  • À Espace Go, du 8 au 25 septembre (Montréal)
  • Puis en tournée au Québec tout l’automne. Visitez le site du PàP pour les détails.

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2 commentaires pour Abraham Lincoln va au théâtre.

  1. Moukmouk dit :

    Ah! si il y a un spectacle que je regrette de ne pas voir dans ma forêt c’est bien celui-là. j’ai lu une petite partie du texte et j’étais déjà enthousiaste… merci de me faire partager.

  2. Anne Nadeau dit :

    Claude, Claude, Claude… Et une accolade de Larry. Et un sandwich dégoulinant. Soirée parfaite ! Merci !

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