Tracer un coeur sur la surface poussiéreuse

J’écris sur un coin de table poussiéreux pendant que l’homme de la maison n’en fini plus de se débarrasser des débris provenant de la destruction de toutes les cloisons du rez-de-chaussée.

Au deuxième étage, notre famille respire péniblement un air opaque, chargé de particules blanches en suspension; un mélange de plâtre, d’amiante, de brins de scie et de poussière centenaire.

Au deuxième, nous avons entassé nos biens et nos petites personnes, «en attendant». S’agit-il d’un hasard si, ce matin, en bricolant un semblant de brunch à saveur de plâtre, je fredonnais sans y penser: «Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux? Qu’est-ce qu’on attend pour faire la fête?»…

Il faut relativiser, car après tout, nous ne sommes ni victimes d’un tremblement de terre, ni d’une inondation. Nous ne sommes pas réellement en zone sinistrée (malgré le fait que nous inspirons, pour un certain temps du moins, un air des plus toxiques). Nous sommes ensemble – occupés et préoccupés, soit –  mais unis sous un même toit, en sécurité. Nous fabriquons notre nid. En se donnant beaucoup, beaucoup de trouble, effectivement mais… ne s’agit-il pas d’un choix?

Cela dit, je rage de ne plus avoir le temps de jouer avec mes filles, ni d’aller dans les événements culturels, ni de recevoir à souper, et de ne pas pouvoir me taper tous les Mad Men en rafale comme le reste de ma communauté. Je suis de plus en plus gênée auprès de mes amies-mamans à force des les implorer d’inviter mes filles à jouer «dans leurs maisons propres et saines, avec leurs enfants dont la chambre n’est pas un ramassis de boîtes de cartons poussiéreuses». Je passe mon chemin devant les boutiques, renonçant aux fringues qui me font de l’oeil de l’autre côté de la vitrine, car le budget est consacré à payer des ouvriers, un architecte, des madriers, et assez d’outils pour ouvrir une quincaillerie!

Et je rage de n’avoir rien d’intéressant à dire sur ce blogue…

J’écris sur un coin de table sans trouver d’inspiration. Aucun sujet d’ordre artistique ne me vient en tête; encore moins de pensée de nature contemplative. Tout ce que je contemple en fait, c’est le bordel de notre vie familiale, prise en otage par des travaux démesurés, en apparence du moins… et ça c’est sans parler de la vie de couple, qui, vous vous en doutez, est ici mise à rude épreuve.

Mais j’écris néanmoins, jetant mon dévolu sur le temps précieux qui se volatilise sans que je puisse le saisir, en cette période de rénovations intenses. Et j’en profite pour souligner toute mon admiration envers mon chum courageux qui travaille seul et sans relâche, avec une attitude exemplaire. Le visage recouvert de poussière, l’homme siffle et sourit, les yeux pétillants de fierté devant ce projet qui prend forme à la sueur de son digne front.

Aussi, je me retrousse les manches avec un sourire en S, en prenant le temps de réaliser que cette petite épreuve en est une de grand luxe…

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10 commentaires pour Tracer un coeur sur la surface poussiéreuse

  1. Moukmouk dit :

    je viens de faire des réparations dans l’âtre du foyer… moi c’est une fine poussière noire de suie qui couvre tout et m’étouffe. C’est vrai que j’en ai eu pour deux jours plutôt que… et puis les rénovations commencent quand on a trois sous de coté et se terminent quand plus aucune banque ne veut nous faire de prêt.

  2. Vraiment, très belle prose…
    Vraiment.

  3. Cong_Bon dit :

    Écrire sur un sujet qui n’existe pas et que tu le réussis si bien. Je vais revenir ici souvent !

    • La vie foissonne de sujets qui n’existent que par notre manière de les percevoir. Merci pour ce gentil commentaire, et bienvenue sur ce blogue qui se voulait culturel et épicurien mais qui prend, ces jours-ci, une direction pour le moins innattendue! Au plaisir!

  4. Blanche dit :

    Beau billet.

    Oui, oui, oui, que de «beaux problèmes»! Les projets et les défis sont le sel de la vie… (oui, il arrive que le plat soit un peu trop salé!). Je suis certaine que vous y trouverez un bonheur et une fierté renouvelés en bout de ligne. Patience, sourire, humour, courage!

    • Merci Blanche pour tes encouragements.

      En passant, sache que ma fille de 5 ans se prénomme… Blanche! Tu peux la voir (de dos) dans mes deux billets d’été qui racontent notre vie au chalet…

      Au plaisir!

  5. Diane dit :

    Résumer de si belle façon, et en si peu de mots, toute l’atmosphère, la tension, l’impatience, la fatigue et la tendresse qui accompagnent votre présente vie, ouf! C’est comme ça que j’aime te lire! Surtout, continue…

  6. Salut Marie-Pierre,
    Je remercie Isa de nous avoir présentées virtuellement. J’ai eu beaucoup de plaisir à te lire (tu as une très jolie plume). Et je compatis TELLEMENT. Surtout que vous avez choisi de vivre dans la maison pendant les rénos – vous avez beaucoup de courage! De notre côté, nous avons opté de confier la job de démolition à une équipe spécialisée qui a fait ça en temps record et pour une somme très raisonnable vu l’ampleur de la tâche. Je te refile les coordonnées si jamais ça vous intéresse lorsque vous serez rendus à cette étape au deuxième étage… Ça sauve un temps fou – temps qu’on peut ensuite consacrer aux mille autres choses à faire!

  7. Elaine Biron dit :

    On s’en reparle dans six mois ! 🙂

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