Submergée dans un océan de questions.

Samedi dernier, j’ai amené mes deux filles au cinéma. Nous ne sommes pas allé voir un film d’animation, ni une comédie musicale, ni un film classé G. Nous avons plutôt opté pour Océans, le spectaculaire documentaire de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud. Cette épopée au fond des mers, réalisée avec finesse, audace et sensibilité, nous a saisi par sa qualité grandiose. Nous avons toutes trois été éblouies par la beauté des images et émues par les formes de vies qui foisonnent dans la maritime dimension.

À la sortie, ma fille de 8 ans me dit, emballée: « Maman, il faut absolument que tu écrives une critique! Je vais t’aider si tu veux, parce que j’ai tellement de choses à dire sur ce film! » Ma petite de 5 ans, quant à elle, souligne avoir préféré la scène où la maman morse et son petit s’étreignent et s’embrassent, car, dit-elle: « ils font comme nous… » Il est vrai que cette scène contemplative, d’où émane une infinie tendresse, se regarde l’oeil embué.

Outre la magnificence de ce mystérieux et fascinant habitat, ce qui m’a frappée, évidemment, c’est la fragilité de l’équilibre marin, que l’on sait menacé. Menacé à très court terme. Si le film aborde le sujet sans trop appuyer, préférant laisser parler les images d’elles-mêmes, c’est précisément ce propos qui nous tenaille implicitement, en arrière-plan, pendant que l’on s’émerveille devant la vie sous-marine. Ça nous hante, car nous savons. Grand mal nous en fasse, la négligence persiste dans plusieurs gestes quotidien, dans ce que nous consommons, dans ce que nous gaspillons. Pourtant, il ne s’agit pas d’ignorance!  En termes de connaissance, c’est bel et bien fini les excuses: terminée l’époque de l’insouciance et de l’inconscience . Nous savons, mais nous ne réagissons pas. Nous savons, mais nous croyons qu’il est déjà trop tard. Nous constatons, mais nous sommes trop occupés pour changer, pour militer, pour refuser de continuer ainsi à cracher au visage de la nature.

Mon aînée le sait, elle aussi. Lorsque je lui dit: « Nous devons en parler, se sensibiliser les uns les autres, nous devons faire en sorte que ça cesse en modifiant notre façon de consommer, et de vivre », elle répond du tac au tac: « Mais maman, on dirait que personne n’écoute… »

Que voulez-vous que je réponde à ça? Ce questionnement m’a suivie les jours suivants. J’en ai parlé autour de moi. Ça m’obsédais: les images de l’océan et de ses nombreux habitants; le lien qui relie tous les éléments terrestres et toutes les espèces vivantes; la fragilité de cet équilibre; et nous tous, qui assistons passivement à la détérioration de ces splendeurs.

Jeudi, sur son blogue, le journaliste Steve Proulx consacrait son billet au non-sens de l’industrie de la pêche: C’est l’avenir, un texte percutant et troublant. Lisez-le…

Tout ça cette semaine, pendant qu’au large de la Louisiane, une catastrophe écologique majeure fait des dommages irréparables dans le delta du Mississippi, un écosystème fragile particulièrement vulnérable. Une fuite de pétrole sans pareille, destructrice, ravageuse, un gâchis dont l’impact dévastateur dépasse l’imagination.

En apprenant la terrible nouvelle, ma fille raisonne à voix haute sur le sujet. Permettez que je paraphrase sa pensée, que je me la mette en bouche? Elle dit quelquechose comme: « Contrairement aux tremblements de terre, la marée noire n’a rien de naturel, c’est une catastrophe causée par l’industrie humaine.  » Comprenez-moi bien: je n’ai pas eu à lui expliquer tout ça. Les enfants sont intelligents et sont capables de logique! Et à peine savent-ils parler que déjà ils apprennent que 2 – 2 = 0…

Alors, dites-moi: à ma fille qui affirme que c’est peine perdue, je réponds quoi?

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6 commentaires pour Submergée dans un océan de questions.

  1. Moukmouk dit :

    Oui, très intéressant cette discussion avec ta fille tout à fait consciente des immenses enjeux, de la terrible partie qui se joue. il y a cependant un piège à éviter. Nous savons, c’est vrai. Sauf qu’il faut bien mesurer la responsabilité. C’est une fausse idée de croire que si moi je change, le monde peut être changé. Trier mes poubelles et mieux consommer ne change rien à l’exploitation des sables bitumeux, ni à la folie spéculative des banques, ni au modèle agricole qui détruit les sols ni à la sur-pèche.

    Notre responsabilité est politique. Il faut faire changer les lois, les modes de gestion c’est seulement de cette façon qu’il sera possible de laisser un monde pour nos enfants. Sans doute que tu n’as pas plus confiance que moi dans les partis politiques, tous engagés dans la course à la croissance, dans le toujours plus, qui n’est qu’une façon de se suicider plus vite.

    Dire la Beauté du Monde pour donner le goût aux humains de se battre pour le sauver. C’est ma tentative. Je ne sais pas si c’est efficace, je ne sais pas si c’est le meilleur chemin, mais c’est ce qui donne un sens à ma vie.

    Je ne sais pas si les humains vont gagner face à la puissance de la machine à tout détruire. Mais nous n’avons même plus le luxe d’être pessimiste. ce n’est pas une lutte pour un quelconque grand soir, un avenir meilleur, c’est simplement la lutte pour avoir un avenir.
    Apprendre des loups à ne prendre que ce qu’il y a de trop, et que la solidarité est le seul mode de survie.
    Si on ne le fait pas par espoir, on peut au moins le faire par amour.

    excuse-moi pour le trop long commentaire.

  2. paumier1 dit :

    Très beau texte!
    Touchant. Qu’allons-nous laisser à nos enfants et petits-enfants ?
    C’est une situation où il faut lutter sur tous les plans: de la société de l’ultra-capitalisme financier gaspilleur à mon propre comportement, en passant par celui des amis, des proches.
    Le défi est énorme et les pistes d’action si nombreuses et confuses.
    Mais il ne faut pas baisser les bras.

  3. Il ne faut pas baisser les bras. Il faut puiser force et courage pour continuer à se battre, de continuer à sensibiliser les autres. Et continuer à éduquer nos enfants comme v0us le faites, par la grande porte de la beauté et de la sensibilité. Plusieurs exemples positifs existent, et il faut se concentrer sur ces forces de transformation (des réseaux, des groupes, des associations, des individus, et même des partis politiques, et ce à travers la planète). Il faut utiliser la colère aussi, de façon constructive. Et ne pas oublier que la planète nous survivra. Elle est forte, beaucoup plus forte que toutes ces marrées noires absurdes, résultat des abus d’un système économique qui nous rends tous malades. Oui, plusieurs espèces sont sacrifiées, et la nôtre aussi le sera à long terme, selon toute vraissamblance. Mais notre ravage, véritable génocyde de la planète, doit cesser. Et c’est possible. Les mentalités peuvent changer très rapidement, à l’échelle de la planète (très lentement pour nous, à notre échelle d’une vie humaine). Un exemple: la destruction de la couche d’ozone, qui a cessé sa progression phénomènale des années 80 et 90, à cause de politiques enfin mises en place, et de luttes citoyennes. Un autre exemple de changement rapide, encore plus concret: la dispartition de la cigarette de l’espace social. En moins de 10 ans, la mentalité s’est complètement transformée, alros que la société tenait pour « un droit », celui d’enfumer tout le monde de ce poison, qui peut être sournoisement agréable pour celui qui le consomme (malgrés la puissance des lobbys du tabac). Même dans le royaume par excellence de la cigarette, qu’était les bars et les restaurants, l’air est maintenant beaucoup plus pur. Ce petit exemple vous semble trivial, mais c’est un changement radical de comportement, à très grande échelle, qui nous prouve que nous sommes capables de changer. Il faut garder espoir, et écouter les enfants.

  4. J’oubliais le plus important: il faut s’informer, et ne surtout pas fermer sa gueule. Je suis très inquiète de voir que beaucoup de gens considèrent « qu’il n’y a pas de crise écologique ». Dorment-ils? Il faut les réveiller sans plus attendre.

  5. Tili dit :

    Nous nous posons les même questions et nos enfants sont tout aussi inquiets.
    Je découvre ton Blog grâce à Moukmouk 😉
    Je vais m’abonner à tes posts..;

  6. Ping : Ma fille aux yeux grands comme le monde | Touchée!

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