Maïta: d’ombres et de lumières, de tragédie et d’espoir

J’ai assisté à une représentation de Maïta au Waterfront Theatre de Vancouver, le 18 février dernier.  

Sensibiliser les gens à une dure réalité sociale par la voie du ravissement, voilà qui relève du grand art.  Maïta, une création de la québécoise Esther Beauchemin, met en scène des marionnettes.  À première vue, cette oeuvre destinée au jeune public semble porter une lourde trame, puisqu’on y aborde le thème du travail forcé des enfants dans certaines pays défavorisés. Pourtant, malgré la gravité du sujet, le spectacle enchante.  Cet émerveillement s’accompagne parallèlement d’une réflexion sur la société de consommation qui implique, malheureusement trop souvent, l’exploitation des enfants.

La pièce connaît un réel succès depuis sa création il y a neuf ans.  Elle a été jouée aux quatre coins du Québec en plus d’être traduite en espagnol et en anglais, ce qui lui a permis d’être présentée ailleurs au Canada ainsi qu’au Mexique.  De nombreux prix ont d’ailleurs été décernés à ses créateurs.
Artice et directrice du Théâtre de la Vieille 17, Esther Beauchemin a créé Maïta en 2000, suite à la lecture d’un fait divers dans le journal.  On y relatait l’incendie d’une usine du Tiers-Monde où travaillaient des enfants, faisant 188 victimes, puisque le patron verrouillait les portes afin de les garder captifs durant leur journée de travail.  Indignée, touchée, Esther Beauchemin s’est questionné au sujet de ses enfants:  est-ce qu’ils se lient d’amitié? que se racontent-ils? gardent-ils espoir?  C’est ainsi qu’elle a imaginé l’histoire de Maïta.
Le récit se déroule quelque part en Asie.  Dès l’âge de 8 ans, Maïta est «louée» à un employeur et doit travailler en usine pour une longue période de 4 ans, afin d’aider à payer les dettes familiales.  Avant de la quitter, son père lui confie Issane, une marionnette ornée de 1 461 perles: chaque soir, elle doit enlever une perle, jusqu’au jour où son père reviendra la chercher.  La nuit venue, après les dures journées de travail, Maïta se sert de sa marionnette pour raconter des histoires aux autre enfants.  Alors qu’approche le jour où elle sera enfin libérée, des événements viendront perturber l’ordre des choses.
La mise en scène, toute en douceur et en sobriété, est habillée par de magnifiques jeux d’éclairages inspirés du théâtre d’ombres traditionnel indonésien, le Wayang Kulit.  La superbe musique aux résonances asiatiques est signée Louise Beaudoin.
Les interprètes qui manipulent les marionnettes aux traits asiatiques mettent tout leur talent en oeuvre afin de leur infuser personnalité et profondeur.  Roch Castonguay, homme de théâtre de renom, donne vie au personnage de Monsieur Wunan, contremaître de l’usine: «Pour un acteur, le défi de manipuler une marionnette consiste à disparaître derrière elle. Toute l’émotion est transférée à la marionnette.»  Selon lui, cette fable sociale visant le jeune public aurait été impossible à raconter autrement qu’avec des marionnettes.  «La marionnette permet d’aller plus loin dans cette dure réalité qui fait pourtant partie de la condition humaine.  Les scènes difficiles sont ritualisées dans les subtilités du texte et de la mise en scène, rendant la tragédie supportable pour les jeunes spectateurs.»  
Lorsque j’ai vu la pièce, j’étais accompagnée de ma fille de sept ans.  Même si la pièce d’Esther Beauchemin ne tombe jamais dans le pathétisme et la morale didactique et qu’on n’y montre pas de violence comme telle, ma fille fut profondément bouleversée par le dénouement.  Mais grâce à la force de la poésie et de l’imaginaire intimiste de son spectacle, le propos passe.  Malgré la tragédie, l’atmosphère qui s’en dégage est évocatrice d’espoir.  «Maïta est certainement l’un des plus beaux textes sur lesquels j’ai travaillé dans ma carrière», dit Roch Castonguay.  
À voir en famille, car la pièce engendre des discussion difficiles et nécessaires.  D’ailleurs, bien que le spectacle ait un impact indéniable sur les enfants, se sont les adultes qui réagissent le plus, puisqu’ils sont conscients des enjeux sociaux impliqués.
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