Salutaire lumière

Dernier jour d’un été riche en lumières. Rayons solaires, rayons lunaires. Révélatrices lueurs. Éclaircies cérébrales. Assouplissement du corps. Apaisantes accalmies.

L’été, ma saison préférée. L’été, dont je ne retire qu’espoir, bonheur et sérénité.

Lézarder. Contempler. Respirer.

Réfléchir. M’ouvrir. M’assoupir.

Penser à rien. Faire le vide pour mieux faire le plein.

Et surtout, absorber toutes, toutes, toutes les variations lumineuses qui percutent chaleureusement ma peau, mon plexus solaire, et mon âme perpétuellement en quête de lumière.

Les variations saisonnières m’affectent plus que n’importe quoi. Peu importe ce qui bouscule mon quotidien, peu importe les embûches et les épreuves, je les verrai sous l’angle de la lumière que m’offre l’inclinaison terrestre à ce moment-là. Que tout aille sur des roulettes en plein mois de janvier, je resterai de glace, butée, gravement pessimiste. Que mon monde s’effondre en solstice d’été, je ferai preuve d’une étonnante résilience.

Ainsi, à l’aube de l’automne, je sais que mon bonheur tranquille se muera progressivement en angoisse irrationnelle, à mesure que déclinera sérieusement la lumière, quelque part en octobre…

D’ici là, tous mes sens se concentrent sur mes capteurs solaires. Mon organisme, accro à la chaleur, fuit les zones d’ombres et passe tous les instants possible dehors, sous les oranges rayons obliques de septembre. L’urgence d’en profiter. De faire d’illusoires réserves. De faire durer le plaisir, encore, jusqu’à l’orée d’un autre impitoyable et interminable hiver.

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Évanescente inspiration

Ce concept flou – censé définir quelque chose comme un flot d’idées géniales et limpides, qui surgit mystérieusement, alimentant une soif viscérale de créer, et dont la manifestation résulte en un exaltant sentiment de satisfaction – me fait défaut depuis des mois. Et j’en souffre.

Je tente alors de la provoquer. En vacances, me dis-je, hors du contexte oppressant de la routine, elle reviendra. Sur le site paradisiaque où trône mon chalet, avec vue imprenable sur le majestueux Lac-St-Jean, j’ai souvent été illuminée par de grisants épisodes de créativité. J’ai cet été la chance inouïe d’y être pour six semaines. Pourtant, après deux semaines, rien ne vient. Et c’est ainsi que se dessine l’angoisse du vide…

Il reste du temps, je me dis. Ça viendra. Laisse aller. Prend le temps de dormir, de reprendre des forces après cette année excessivement chargée que tu viens de traverser. Apprécie la pureté de l’air, le reflet cristallin du lac, la douceur de vent. Profite!

Et passent les journées. Mon corps se délie doucement selon le rythme solaire estival. Les traces de la chaise, du bureau, de l’écran, de l’horaire qui s’étaient incrustés insidieusement dans chaque parcelle de ma posture et de mon cerveau, s’atténuent. Je prends plaisir à nager tous les jours dans l’eau fraîche, si revitalisante. Je me prélasse sur un chaud lit de sable, à ma guise; ou dans le balancement subtil d’un hamac, lorsqu’il me prend l’envie de m’attarder dans un livre. Quelques poses de yoga, spontanées, sur la petite île que constitue la roche plate au milieu de ma baie. Puis une chorégraphie souple et sensuelle avec mon compagnon de danse par excellence, ce hula hoop grand format que j’ai moi-même confectionné il y a de cela quelques années. Et bien sûr, marcher pieds nus tout le jour durant. Tout cela, avec gratitude et humilité.

Pendant ce temps, j’admire mes filles, libres et bronzées, qui étirent le temps et l’innocence de l’enfance.

Parfois, j’esquisse quelques croquis sans prétention. Je pianote, de temps en temps. Je gratte ma guitare, par moments. Je capte aussi, à l’occasion, quelques instants de grâce dans ma Canon. Tout cela instinctivement, sans attente ni pression: je ne suis ni illustratrice, ni musicienne, et la photo n’est pour moi qu’un hobby parmi tant d’autres.

Je suis en vacances dans un lieu de rêve et j’ai tout mon temps pour vaquer à ces petites choses qui me font du bien. La belle vie, quoi! De quoi pourrais-je bien me plaindre, dites-moi? Qu’est-ce qui manque à mon bonheur? C’est pourtant si simple: l’envie, le désir, le besoin d’écrire, qui m’a toujours été vital… Écrire, c’est plus qu’un hobby: c’est mon véritable talent, le seul auquel je puisse réellement prétendre sans ressentir le complexe de l’imposteur!

Ce que je comprends, c’est que cette année difficile, cette routine oppressante et épuisante, ce quotidien sans répit, ont anéanti la vivacité habituelle de ma plume.

Au jour le jour, je réapprivoise mon rythme naturel avec gratitude. Dans mes oreilles: le ressac agité de ma mer intérieure. Et j’attends l’inspiration qui, j’espère, me surprendra avant la fin des vacances…

En attendant, je me suis dit que de prendre le taureau par les cornes agirait peut-être – qui sait? – comme un catalyseur. Le syndrome de la page blanche, c’est un sujet comme un autre, après tout! ;-)

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12 hommes rapaillés: s’assembler pour rassembler

Quelques-uns des 12 hommes rapaillés, dans les loges du Théâtre Maisonneuve, le 18 juin 2011, dans le cadre des Francofolies de Montréal. Crédit photo: Richard Pelletier.

Individuellement, ils sont tous dotés de cet aura magnétique, de ce charisme mystérieux qui, lié à leur talent, leur permet de remplir les salles et de charmer un auditoire.

Imaginez douze spécimens de cette trempe sur une même scène! Ce qui se produit est non seulement magistral, mais émouvant. Parce qu’ensemble, ils s’unissent dans l’humilité et le respect. La notion d’hommage prend ici tout son sens. Ils s’imprègnent de cette poésie grandiose, ils s’écoutent, se soutiennent, et s’émeuvent les uns les autres. Cette émotion est palpable du point de vue du public, et c’est ce qui donne au spectacle des 12 hommes rapaillés sa dimension unique et bouleversante.

Je demande à Yann Perreau comment il vit ça, de l’intérieur. Est-il chaque fois chaviré et émerveillé à l’écoute de chacune des interprétations de ses frères de scène? Ressent-il le même frisson que le public qui assiste à ce moment pour la première fois? Il me répond que oui, chaque fois. Et du coup, je comprends que c’est ce qui crée l’événement. Outre la justesse des mots, toute la beauté du show est là, dans cette inlassable passion que ressentent les 12 artistes à chaque représentation.

Et la musique… Ah, cette musique! On plane ici dans les hautes sphères accoustiques. Louis-Jean Cormier, qui signe les arrangements, prouve une fois de plus qu’il est génial – dans le sens de génie.  Entouré de Mario Légaré et François Lafontaine, entre autres, Cormier génère un son moderne, actuel, qui rocke et transporte, et qui souvent berce. Frissons, larmes, bonheur, si beau, si incroyablement beau. Une musique pénétrante et sensuelle, à fleur de peau, qui colle parfaitement à l’univers poétique intemporel de Gaston Miron.

 Dans son apparente simplicité, la mise en scène de Marc Béland est judicieuse parce qu’elle offre à voir une complicité et un plaisir manifeste. Des auteurs-compositeurs-interprètes talentueux, de grandes et belles voix, des présences magnétiques, qui sont à la fois participants et spectateurs. Je n’ai jamais vu un spectacle aussi touchant et rassembleur. Ils ont de trente à soixante ans, et ensemble ils n’ont pas d’âge. Ils laissent l’égo à la maison. Ils sont un. Ils disent et chantent Miron avec leur corps et leur coeur, habitant chaque mot, chaque note, chaque souffle. À l’unisson, investis du plus profond de leurs âmes, en parfaite harmonie. Une fratrie? Yann Perreau précise: «C’est plus qu’une fratrie, c’est un égrégore.» Une manière de dire que les 12 hommes rapaillés constituent «un groupe humain doté d’une personnalité différente de celles des individus qui le forme». Une entité en soi. Un tout.

C’est effectivement l’énergie ce qui se dégage de ce somptueux spectacle. C’est ce que j’ai ressenti lors de la première mouture du show, il y a deux ans. Et c’est encore plus manifeste cette fois, peut-être parce que l’amitié qu’ils ont forgée est encore plus profonde depuis le temps. Je sais que ce spectacle passera à l’histoire, parce qu’il touche au coeur de l’identité québécoise. Quel privilège d’y avoir assisté, deux fois plutôt qu’une… merci la vie!

Vers les 2 heures du matin, Gilles Bélanger me dit, autour d’un verre et d’une pointe de pizza, que les 12 hommes sont le plus beau cadeau que la vie lui ait donné. «Mais c’est vous, Gilles, l’instigateur du projet! C’est vous qui faites un cadeau au Québec, à la langue française, à Gaston Miron, à la postérité de la poésie!» Monsieur Bélanger lève alors humblement son verre, heureux et ému, et nous trinquons en silence.

12 hommes rapaillés. Dans les coulisses du Théâtre Maisonneuve, le 18 juin 2011, dans le cadre des Francofolies de Montréal. Crédit photo: Richard Pelletier.

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Une bulle de poésie en plein coeur du trafic

Une artère achalandée. Des passants. Des bus. Du va et vient. Et… des balançoires qui vous propulsent instantanément dans un univers parallèle! C’est du moins ce que j’ai ressenti lorsque j’ai tenté l’expérience des 21 BALANÇOIRES, cet instrument collectif qui occupe la promenade des Artistes du Quartier des spectacles jusqu’au 23 mai. (Lire mon entrevue avec les conceptrices Mouna Andraos et Melissa Mongiat).

J’ai d’abord passé un long moment à observer les gens qui se prêtaient au jeu. Certains étaient là par hasard, intrigués. D’autres semblaient être venus essayer l’installation intentionnellement. D’emblée, je sentais une frénésie dans l’air, une curiosité candide, ludique. Certains se balançaient en groupe de trois, d’autres seuls. Les jolis sons qui déferlent selon la manière d’activer les balançoires ont eut sur moi un pouvoir d’attraction immédiat. L’envie d’essayer était irrésistible!

J’ai commencé timidement, dans une section où il n’y avait personne. J’ai d’abord tâtonné, m’assoyant sur une balançoire verte, découvrant des notes de piano à la sonorité étonnement limpide. Puis, comme un enfant qui découvre un nouveau jouet, j’ai tout de suite voulu savoir à quel instrument correspondait les autres couleurs du trio de balançoires. Bleu: guitare. Orange: vibraphone. Des notes claires, agréables à l’oreille, qui variaient selon la cadence de mon balancement. Emballée par ma tentative en solitaire, j’ai vite déserté ma section pour aller jouer les voisines auprès d’une femme qui se balançait seule dans son coin. Attentive à ce qu’elle faisait, j’ai voulu m’adapter à son rythme, afin de produire une mélodie harmonieuse. Mais comme elle m’ignorait alors, le résultat clochait. Un homme est venu occuper la troisième balançoire de notre section. Lui aussi, au début, n’en faisait qu’à sa tête, entraînant notre trio dans une étrange cacophonie. Pas forcément désagréable mais de toute évidence, il y avait matière à amélioration…

J’ai alors compris que le clé –  la coopération – impliquait forcément la communication. J’ai donc prit la parole: «Vous avez envie qu’on essaie de coordonner nos mouvements? On arriverait peut-être à produire une vraie belle mélodie!» Il n’en fallait pas plus: nous, trois individus ne s’étant jamais vu ou parlé auparavant, étions instantanément devenus une équipe. Et le résultat fut… magique! Nous avons dû nous attarder là une bonne quinzaine de minutes. En accords, complices, mes compagnons et moi éprouvions un réel plaisir, une euphorie communicative et manifeste, puisque de nombreux passants se sont arrêtés devant nous, amusés, pour écouter le fruit musical que nous balancions en l’air sans cacher notre émerveillement.

Devant nous, la Place des Arts. Derrière nous, un rayon de soleil découpant le toit rouge de l’église St.John. Le bruit du trafic? Dissimulé, enterré sous les notes de notre harmonieuse sérénade.


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Les carnivores infidèles

Je n’ai pas l’habitude de parler bouffe sur mon blogue. C’est un sujet que je laisse aux foodies, qui le font déjà fort bien, avec inspiration et passion. 

Mais c’est avec grande fierté je me permets aujourd’hui de vous présenter le tout nouveau livre de recettes de Catherine Lefebvre (nutritionniste, auteure, conférencière et blogueuse), intitulé Les carnivores infidèles: 60 recettes végés pour tromper votre boucher. (Éditions Cardinal). D’abord, parce que Catherine est une chouette fille qui a beaucoup de choses intéressantes à communiquer en matière d’alimentation. Globetrotter, elle est une mine d’or pour quiconque souhaite s’ouvrir sur les différentes cultures culinaires de par le monde. Ensuite, parce que je fais partie de la quarantaine de collaborateurs à avoir contribué au livre. Et finalement, parce que le végétarisme est un mode d’alimentation que j’ai adopté il y a une dizaine d’années. Les raisons qui motivent mon choix sont nombreuses, mais se résument au fait que manger végé est meilleur pour la santé et pour l’environnement.

Justement, le livre de Catherine Lefebvre regorge d’informations et de statistiques expliquant, de manière ludique et efficace, les bénéfices de réduire sa consommation de viande. Car il faut savoir que l’auteure n’est PAS végétarienne: elle prône plutôt la modération et l’équilibre. Et puis, le titre est sans équivoque: ce livre s’adresse d’abord aux… carnivores! Fallait l’faire!

L’ouvrage est par ailleurs extrêmement attrayant visuellement: belle qualité de papier, graphisme à la fois limpide et audacieux, et superbes photos d’Albert Elbilia. Le résultat est saisissant et… apétissant!

Les carnivores infidèles est en vente dès maintenant dans une librairie près de chez-vous.

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Ce mystérieux voisin qui enjolive ma rue

Pendant que ma maison subit d’importante rénovations, je loue temporairement un appartement dans le Mile End. Sur une rue plutôt désolante. Les arbres y sont rares, et tout un côté de l’artère est occupé par un immeuble manufacturier de triste apparence. Et puis, c’est l’hiver… les poubelles, la neige durcie, le calcium… Ça manque de couleur. De contraste.

Je ne connais pas mon 5e voisin. Je ne l’ai même jamais vu. Je ne sais pas s’il s’agit d’un homme ou d’une femme, ni à quelle génération il ou elle appartient.

Mais je sais qu’il s’agit de quelqu’un de créatif. Qui refuse de se laisser enliser dans la grisaille ambiante. Et qui prend même le temps de mettre sa touche artisanale bien en vue, sur toute la longueur de la rue, simplement pour faire plaisir aux regards anonymes.

Depuis la mi-décembre, nous, les résidents de la rue X, avons le loisir d’admirer ces lumineuses guirlandes translucides et colorées, qui enjolivent gaiement le voisinage. Des oeuvres nature et éphémères qui contribuent à mettre un sourire sur les visages qui passent par là. Oh, il est arrivé que des troubles-fêtes s’amusent à les fracasser pendant la nuit… Il y a aussi des spécimens qui n’ont pas survécu aux journées plus douces, fondant joliment au soleil. Qu’à cela ne tienne: les guirlandes de glace sont aussitôt remplacées par des nouvelles, toutes fraîches!

Les enfants s’en émerveillent. Les adultes prennent le temps de s’arrêter pour les contempler. C’est aussi ça, la magie…

Je ne connais pas la personne qui s’amuse à créer ces décorations glacées, mais je connais son adresse, puisque sa façade en est ornée. Et je me promets d’aller sonner à sa porte dès que j’en aurai l’occasion, afin de lui exprimer ma gratitude…

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Pierre Lapointe sur un plateau d’ébène

Après ses spectacles Mutantès et La forêt des mal-aimés, Pierre Lapointe revisite dix ans d’une illustre carrière en revenant à l’essentiel. Affranchi de l’orchestration léchée qui avait caractérisé ses albums précédents, dépouillé des artifices et des mises en scène, le poète nous offre ses mots et sa voix sur un plateau d’ébène. Enregistré en concert à la Chapelle du Bon-Pasteur, Seul au piano révèle la splendeur intrinsèque de l’artiste.

C’est avec une attention renouvelée que l’on écoute cet enchaînement d’une quinzaine de pièces connues. La justesse remarquable de la voix, capable de nuances et de subtilités. Le timbre chargé d’intensité, tantôt théâtral, tantôt posé. La pureté du piano, d’une simplicité pourtant majestueuse. À l’écoute de ses chansons ainsi mises à nues, on ne peut qu’être frappé par la magnificence de la plume de Lapointe; chargée, éloquente et grandiloquente, absolument unique en son genre.

Impensable de ne pas souligner la qualité de la prise de son de Francis Lemieux, d’une limpidité cristalline.

Seul au piano est un album introspectif et raffiné, réussi sur toute la ligne. Il s’en dégage une impression de sérénité. De maîtrise. Pierre Lapointe a parfois dit en entrevue qu’il a longtemps été complexé du fait qu’il avait appris le piano en autodidacte. Il démontre pourtant mieux que quiconque qu’il n’est pas nécessaire d’être un virtuose pour savoir savamment composer des mélodies aussi émouvantes que belles.

Sous les traits du «personnage» fier et hautain qu’il a mis en scène à ses débuts, il écrit dans le livret: «À tous ceux qui ont acheté ce disque ; à défaut d’assister à ma prestation sublime en direct, vous pourrez maintenant l’apprécier en différé. Bonne écoute, bande de chanceux ! » Je vais lui donner raison: moi qui n’aie pas eu la chance de vivre ce concert, j’en conclus, à l’écoute de l’album, avoir manqué quelque chose comme un grand moment…

À savourer dans un esprit de contemplation.

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