Le beauté fabriquée, vendue, consommée…

J’ai récemment eu le plaisir de travailler sur volumineux dossier traitant de l’industrie de la beauté dans différentes régions du monde, dans le cadre du projet Miss Inc. – le webdoc, qui a été désigné, produit et réalisé par la maison de production Pimiento (voir crédits). Ce webdoc est décliné en 4 volets et explore différents enjeux autour de la fabrication de la beauté aux 4 coins du monde: le Venezuela, le Liban, la Chine et la France.

En voici la prémisse:
Parce que la beauté n’est pas qu’innée : elle se cultive, elle se travaille et, surtout, elle se vend. Dans le monde entier, l’industrie de la beauté fait rêver d’un idéal féminin à portée de main… si on accepte d’en payer le prix! Que ce soit pour trouver un emploi ou un mari, pour grimper dans l’échelle sociale ou simplement pour suivre les dictats de la mode, les femmes du monde entier tentent d’atteindre des standards de perfection… qui sont parfois surréalistes. Quatre pays aux quatre coins du monde, quatre cultures distinctes, mais partout cette recherche de la perfection.

En plus de signer la recherche journalistique de ces vidéo-reportages, j’ai aussi rédigé une douzaine d’articles qui creusent le sujet en profondeur. Ils sont actuellement publiés sur le portail de Radio-Canada. Voici les liens:

Venezuela – Fierté ou obsession nationale?

Venezuela – Le paradoxe vénézuelien

Venezuela – Objectif: perfection

Venezuela – Le dictateur de la beauté

Liban – La beauté en plein essor

Liban – L’offre et la demande

Liban – Bistouri pour tous

Liban – La Mecque du tourisme esthétique

France – La France tous azimuts

France – Le marché de la diversité

France – La mode sans couleur

France – Après la Miss, l’actrice

Chine – La beauté débridée

Chine – La beauté globale

Chine – Belle et blanche

Chine – La Chine sur l’échiquier

Le documentaire télé Miss Inc, qui explore les coulisses du populaire concours de Miss Venezuela, est disponible sur Tou.TV. 

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Tout ça m’a saisie

Mieux vaut tard que jamais: je suis enfin allé voir Tout ça m’assassine, du Théâtre Il va sans dire, ces «Courtes pièces sur l’air du temps» mises en scène par l’indispensable Dominic Champagne.

À ma sortie de la 5e salle de la Place des Arts, j’ai tweeté: #ToutÇaMassassine: De saisissantes réflexions et un bouleversant constat, empreints de perles poétiques. Spectacle coup de poing, essentiel! Oui, ce spectacle m’apparaît essentiel, parce que le théâtre engagé se fait trop rare par les temps qui courent, au Québec. Pourtant, nous en avons terriblement besoin en cette époque marquée par l’amertume, la désillusion, le cynisme et la nostalgie.

Le rêve indépendantiste brisé, le rejet des valeurs matérialistes, les amours déchus et l’identité morcellée: Tout ça m’assassine dépeint les contours de personnages déçus, perdus, perplexes et profondément attristés de constater que leur nation peine à s’affirmer et refuse de revendiquer sa souveraineté, malgré la menace d’être avalée par cette tentaculaire et décadente américanité néolibérale.

La puissance du propos tire sa source dans la qualité des textes acérés et percutants de Dominic Champagne, Patrice Desbiens et Pierre Lefebvre . Des discours qui ébranlent et qui émeuvent, ponctués d’une poésie crue, sensible, à fleur de peau. La mise en scène épurée laisse d’ailleurs toute la place aux textes, qui se suffisent à eux-mêmes. Alexis Martin et Mario St-Amant y sont particulièrement solides, incarnés certes par leurs convictions, en plus de la verve qu’on leur connaît. La musique lancinante, omniprésente et pénétrante d’Éric Asswad et Charles Imbeau ajoutent un degré d’intensité aux tirades, comme pour nous les enfoncer dans la gorge avec encore plus d’impact.

Dominic Champagne, homme de théâtre génial et militant environnementaliste, à l’origine de l’ampleur de l’événement du Jour de la Terre le 22 avril 2012, instigateur de la déclaration Nous sommes ensemble du 1er mai 2012 regroupant des centaines de signataires parmi les artistes québécois, auteur de l’essai Le gouvernement invisible paru cet été: l’homme est inspiré, engagé et présent sur toutes les tribunes possibles.  Éloquent, libre penseur et charismatique, il est devenu, au Québec, une personnalité incontournable et essentielle, l’un des vecteurs de changement dont la nation québécoise a terriblement besoin à l’heure actuelle.

Les personnages qu’il met en scène dans Tout ça m’assassine, qu’ils soient perdus, désabusés, nostalgiques ou cyniques, ont du mal à voir la lumière au bout du tunnel. Et on a envie de se dire: «Hey, oh! Et l’espoir, dans tout ça?»  Puisqu’on fait ici référence à l’air du temps, comment s’étonner qu’eux, personnages attachés à des principes et à des idéaux, soient incapable de l’entretenir? Des personnages comme ceux-là, j’en connais plusieurs. Ils gravitent autour de moi au quotidien. J’en suis! Certains diront que le (trop court) Printemps québécois – survenu, soit dit en passant, après l’écriture de la pièce – aura ravivé chez un grand nombre de gens l’espoir, l’optimisme, la flamme! J’ai cru, moi, que les événement du printemps 2012 changeraient la donne pour de bon, qu’on assisterait à une petite révolution! Aujourd’hui, je ne sais plus, il m’arrive de douter… mais en même temps, je refuse de déclarer forfait.

Et justement, le discours essentiel de Tout ça m’assassine va au-delà des désillusions, parce qu’il suscite un réflexe chez le spectacteur: celui de refuser de se laisser envahir par le défaitisme. Dominic Champagne souhaite peut-être ainsi nous fouetter le sang, susciter cette réaction viviante et éventuellement salutaire?

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Chacun dans sa bulle

Dimanche, il pleuvait. Ça sentait les feuilles rouges et la terre mouillée. Les cafés du Plateau étaient peuplés d’étudiants, d’écrivains et de pigistes en comm, tous voûtés sur leur portable, chacun dans sa petite bulle. Dans les boutiques, ça s’activait pour trouver des jeans, des bottes de pluie, une p’tite laine, une écharpe… Au marché du métro Mont-Royal, les citrouilles et les courges volaient la vedette, déjà.

Octobre et sa lumière orangée, oblique. Le mois où l’on coupe les vivaces et où l’on rentre les plantes vertes à l’intérieur. Le mois des récoltes, celui où l’on se recueille avec gratitude pour toutes ces richesses accumulées pendant l’été – soleil, chaleur vacances, amitiés, fêtes et autres plaisirs estivaux. Merci les amis, merci la vie, c’est maintenant le temps de calmer ses ardeurs. Besoin de repli. Recherche d’intériorité.

L’automne, cette saison qui nous rappelle à l’ordre et qui nous ramène vers l’intérieur, plus souvent, plus longtemps. Manger dans le resto plutôt que sur la terrasse. Ou encore, plus radicalement, rentrer à la maison. Refaire son nid dans le salon plutôt que sur son balcon. Cultiver son jardin de coeur plutôt que s’étourdir les sens. Se mettre en mode introspection plutôt que polir son bronzage et sa pédicure. Cuisiner des potages, faire des conserves, façonner des tartes avec les enfants. Préparer tranquillement son cocon avant l’hiver.

C’est l’automne et on regarde des téléséries, on commence une thérapie, on se réinscrit aux cours de yoga ou de zumba. On lit et on réfléchit. On aimerait dormir davantage et on se lève toujours un peu cerné le matin. Le soir, on se fait un bon thé ou on se verse un scotch, on s’enroule dans une couverture et on écoute la musique qui nous apaise. On sait que le manque de lumière nous affectera encore davantage au cours des prochaines semaines, alors on s’arme de patience et de confort.

Mais eux, ceux qui n’ont nulle part où aller, ceux qui errent, ceux pour qui la pluie et le vent sont des ennemis à combattre… eux, que font-ils? Comment abordent-ils l’arrivée de l’automne, ceux qui ne savent pas où ils passeront l’hiver? Je pense notamment à cet homme malade, manifestement schizophrène, qui a été expulsé du logement insalubre, tout près de chez moi, cette petite maison croche où il squattait depuis plus d’un an. Depuis son expulsion, le bâtiment est barricadé. Depuis, cet homme erre.

L’automne s’installe, la pluie est de plus en plus froide et, dans les ruelles du Plateau, les itinérants se terrent.

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Lettre à mon enfant

Ce fut un réel honneur pour moi de participer au collectif  Lettre à mon enfant (Éditions de Mortagne), une initiative de Sophie Rondeau. Cette touchante publication regroupe une centaine de lettres, écrites par des personnalités d’ici – certaines connues, d’autres pas. Parents et grands-parents ont couché sur papier leurs impressions, leurs inquiétudes, leurs conseils, leurs souvenirs, leur fierté et leur amour, sous forme de lettres adressées à leurs enfants ou petits-enfants. Ces derniers sont bébés, enfants, ados ou jeunes adultes – certains n’étaient même pas encore nés lors de la rédaction de la lettre!

Puisque tous les profits de la vente seront versés à la Fondation du Docteur Julien, je me permets de vous encourager à vous procurer ce beau recueil qui, j’aime autant vous le dire, ne se lit pas sans embuer l’oeil…

En voici un extrait: la lettre que j’adresse à ma belle grande fille, qui aura 11 ans dans quelques jours…

Chère Sarah-Lune,

Je t’ai souvent griffonné des petits mots d’amour, mais c’est la première vraie lettre que je t’écris. Tu as déjà reçu quelques lettres par la poste : de ta mamie et de ton arrière-grand-mère, et aussi de ton amie d’Abitibi. Mais la grande majorité des lettres que tu reçois te sont envoyées par courriel.

Lettre ou courriel, c’est un peu la même chose, tu me diras. Mais il y a pourtant des nuances importantes entre les deux. Avant l’avènement du courriel, on s’appliquait considérablement à écrire sa lettre, que l’on voulait juste assez longue pour faire durer le plaisir. Et l’on se languissait du jour où la lettre arriverait à destination, en espérant très fort une réponse. L’attente était bonne et la joie était à son comble lorsqu’on trouvait enfin l’enveloppe dans la boîte à lettres!

Aujourd’hui, les courriels nous permettent de communiquer instantanément, souvent de manière abrégée, et c’est drôlement efficace. Mais, par conséquent, écrire ne revêt plus la même signification. Même s’il se dit parfois de fort jolies choses via courriel, elle s’est un peu perdue, cette émotion qui vient avec le rituel de rédiger une lettre soigneusement, et d’attendre patiemment (et parfois impatiemment) la réponse.

Avant Internet, j’ai certainement écrit des centaines de lettres! J’ai toujours adoré écrire – ça, tu vois, ça n’a pas changé! Des missives de plusieurs pages, écrites à la main, que j’envoyais à mes cousines et à des amies rencontrées en vacances; des lettres remises à mes copines ou à mon amoureux dans la cour d’école…

En m’assoyant aujourd’hui devant mon ordinateur pour t’écrire, je réalise que tu ne liras pas ma lettre avant plusieurs semaines. Il ne s’agira pas pour moi de cliquer sur «envoyer», ni pour toi de voir apparaître mon message dans ta boîte de courriel 15 secondes plus tard. Et cette lettre qui t’est destinée, tu la liras sans doute avec surprise et émotions.

Si je t’écris aujourd’hui, c’est pour te faire plaisir, et parce que j’ai des tas de choses à te dire. Des choses que je te dis régulièrement au quotidien, entre deux bouchées de macaroni, ou en te bordant dans ton lit le soir. Mais tout cela est fragmenté par la vie qui roule à toute vitesse et qui nous bouscule un peu au passage. Et aujourd’hui, j’ai envie de rassembler ces bribes de conversation et d’en faire une lettre que tu pourras lire et relire, sur laquelle tu seras libre de méditer et de réfléchir si le cœur t’en dit.

*

Depuis quelques mois, tu as amorcé une étape importante de ton développement. Tu as toujours eu ce visage mature, ces yeux profonds et questionneurs. Mais te voilà qui changes plus que jamais, sous mes yeux. Bientôt, nos regards se feront face, à l’horizontale. Ça me touche d’y penser. Je suis moi aussi à la croisée des chemins puisqu’au cours des prochaines années, je devrai m’adapter à la jeune fille que tu deviendras. Même si tout cela relève encore de l’inconnu (et que l’inconnu, parfois, fait peur), je me dis qu’il est inutile de m’inquiéter. Parce que j’ai confiance en toi, en ton jugement, en ton intelligence. Tu feras des erreurs et des faux pas – qui n’en fait pas? Il t’arrivera de souffrir – qui n’a jamais pleuré? Mais tu sauras tirer le meilleur des situations difficiles, grâce à ton sens de l’humour et à ta grande ouverture. Et sache que, peu importe les chemins de traverse que tu emprunteras, je ne serai jamais loin derrière.

Ma chérie, t’ai-je déjà dit que tu m’inspires? Certaines de tes qualités m’impressionnent réellement, le sais-tu? Insatiable curieuse, vive et allumée, sensible, critique et lucide : tu me gorges de fierté! Ces traits forts de ta personnalité me poussent au questionnement, me motivent à me dépasser comme mère, comme femme. Je ne me fais pas d’illusion : rares sont les filles qui disent vouloir ressembler à leur mère… Les raisons sont nombreuses et compréhensibles, c’est un réflexe d’émancipation qui passe par la recherche d’identité. Pourtant, bien humblement, j’espère avoir une petite place parmi les modèles féminins qui sauront t’inspirer à ton tour…

Ce que je suis aujourd’hui, je te le dois, en grande partie. Oui, oui! Tu as modifié le cours de ma trajectoire la seconde où, submergée d’amour, j’ai fondu en larmes devant ta petite moue tremblotante, quelques minutes après ta naissance. Depuis, tu es au cœur de mon univers. Et en ce même épicentre, tu as su faire une belle place à celle qui t’a suivie, quelques années plus tard – et de cela je ne pourrai jamais te remercier assez. La venue au monde de ta petite sœur, envers qui tu n’as jamais entretenu de jalousie, n’a fait qu’enrichir ta généreuse personnalité. Blanche n’aurait pu trouver mieux que toi pour remplir cet important rôle de sœur aînée. L’amour que vous vous vouez me remplit d’une immense satisfaction.

Il m’arrive d’avoir peur pour toi. Peur de l’avenir. Le tien, mais surtout celui de cette planète que nous malmenons. Ton père et moi avons toujours joué franc jeu avec toi – tu l’as toujours réclamé. Tu es de ces enfants qui ne s’abreuvent pas de contes de fées mais de vérité crue, même lorsque ça fait mal. J’espère néanmoins que cette lucidité ne nuira pas à ta capacité de rêver. Qu’à la beauté et à la bonté, qu’à l’amour et à l’amitié, tu continueras de puiser joie et espoir. Que la musique continuera de te nourrir et de t’apaiser.

Je te sais capable de belles et grandes choses. Ta sensibilité humaine, ton regard visionnaire et ton sens de la justice, ton désir manifeste de faire ta part pour la planète et ton aisance à communiquer : ces aptitudes et ces valeurs qui te font vibrer te mèneront là où tu souhaites aller. Loin de moi l’idée de transférer le poids du monde sur tes épaules d’enfant ou de te montrer un seul chemin. Mais tant que cela te conviendra, je veux bien être l’un de tes guides.

Je suis d’ailleurs très fière de notre facilité à communiquer. Oh, ça ne se fait pas toujours dans l’harmonie, et c’est normal. C’est le propre de la discussion : la confrontation permet de voir les choses sous des angles différents. Tu apprends aussi à argumenter, à t’affirmer. Et puis, deux passionnées comme nous, ça ne peut faire autrement que produire des flammèches, parfois! Malgré cela, nous sommes capables de parler ouvertement de nos points de vue, même lorsqu’il y a désaccord, et cela fait de nous deux grandes complices. Continuons de cultiver cette précieuse connivence, tu veux bien?

Si je devais nommer l’un de mes moments préférés avec toi, tout de suite je penserais à nos voix qui s’unissent en chanson le matin, sur le chemin de l’école. Chanter illustre bien la beauté qui se trouve dans la simplicité du quotidien. Car tu sais, c’est là qu’il se trouve, le bonheur : dans les petites choses ordinaires. Il faut saisir ces petites étincelles de joie lorsqu’elles passent, les apprécier, les savourer. Il faut aussi les provoquer, car il est malheureusement trop facile, en vieillissant, de se laisser aveugler par la morosité ambiante. Il faut, au contraire, entretenir sa capacité d’émerveillement et ce, à tout âge! Et ça, je tiens vraiment à te le rappeler, même si je sais que tu sais…

En terminant, je ressens l’urgence de te dire: soit fière d’être née fille et aspire à ce qu’il y a de mieux pour les femmes et pour l’humanité. Ne laisse jamais personne te diminuer physiquement ou intellectuellement. Soit digne et humble, et apprends l’art de d’indulgence, tant envers les autres qu’envers toi-même. Continue de faire preuve de cette touchante compassion qui t’a toujours animée. Et même s’il est de mon devoir de t’inciter à travailler fort et à toujours donner le meilleur de toi-même, c’est aussi mon rôle de te dire de profiter pleinement des plaisirs qui passent. Oui, ma belle, croque dans la vie et partages-en la saveur avec tous ceux qui t’entourent!

Tes qualités sont nombreuses. Ton potentiel est infini. Suis ton instinct, fais-toi confiance. Et n’oublie jamais la chose la plus importante qui soit : aime et laisse-toi aimer.

Avec fierté, tendresse et amour,

Ta mère, Marie-Pierre

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Les vacances de la réflexion

«Ce n’est pas un signe de bonne santé mentale d’être bien adapté à une société malade.» – Jiddu Krishnamurti.

***

En vacances. Une semaine. Au chalet, comme d’habitude en cette période de l’année. Aussi bien dire au paradis.

Rien à faire. Rien à part contempler, prendre du soleil, bien manger, photographier mes enfants bronzés, faire la sieste et recevoir des amis pour l’apéro.

Mais cet été, c’est un peu différent: je n’arrive pas à trouver la quiétude, la volupté, la satisfaction, je n’arrive pas à trouver la paix. Tout ce temps libre où je pourrais me perdre en rêvasseries, ou écrire de la fiction, ou m’évader dans un roman léger, ou méditer sur les merveilles de la nature… tout ce temps de qualité privilégié, je le passe à réfléchir à la situation socio-politique. Je me repasse en mémoire les derniers mois, ceux du Printemps, si important pour la suite des choses. Au lieu de décrocher, je continue de lire tous les articles qui traitent du sujet et des élections imminentes. Et je veux évidemment savoir tout ce qui se trame du côté d’Harper, même si ce fou furieux me fait si peur que j’en perds parfois le sommeil…

Ainsi, pendant que le doux bruissement des vagues tente en vain de m’apaiser, je réfléchis. C’est le moment idéal pour le faire, puisque j’ai du temps et que ne suis pas prise dans le tourbillon urbain. Mais je refuse de fermer Internet: pas question pour moi de perdre de vue les événements de l’actualité qui pourraient avoir une influence déterminante sur l’avenir de mon peuple et de ma planète.

Je vous entends me dire qu’il est important de reprendre des forces pour poursuivre le combat à l’automne! Et vous avez raison. Là-dessus, je vous répondrai que oui, je me repose. Que oui, je fais le plein d’énergie. Que oui, j’apprécie de ne pas avoir d’horaire.

Mais ne me demandez pas d’agir avec légèreté et insouciance – j’en suis présentement incapable. Cet été, pour ma part, l’heure est à la réflexion. À défaut d’être dans l’action, je me concentre sur une introspection autour de ma propre conscience sociale, et sur les moyens de la déployer plus efficacement. J’élabore des stratégies d’échanges, de même que des stratégies électorales. Je tiens des débats de fonds mettant en scène mes propres contradictions. Difficile de trouver la quiétude dans ce contexte, mais chaque chose en son temps: je me prélasserai au cours d’un prochain été. La ride du lion entre mes sourcils soucieux commencera peut-être à se détendre lorsqu’on aura éjecté les Libéraux du pouvoir. C’est loin d’être gagné d’avance et c’est pourquoi je reste alerte, les manches bien retroussées!

L’éveil collectif auquel nous avons assisté ce printemps, ce cri du peuple, ce cri des peuples répartis aux quatre coins du globe, ne doit plus cesser de retentir. Ce n’est pas le moment de se rendormir. Pas maintenant. Pas cette fois. Parce que – faut-il le rappeler? – l’heure est grave et le moment est venu de faire tourner le vent.

«Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire.» – Albert Einstein

Mes recommandations du moment: Je vous invite à explorer ce site qui résume avec beaucoup de créativité et d’éloquence (et une remarquable économie de mots) les événements des derniers mois: lamortliberale.com. Aussi, si ce n’est déjà fait, ne manquez pas de parcourir la liste des 90 aberrations, scandales, tromperies et mensonges qui constituent le bilan du gouvernement Charest: http://WWW.LIBERAUX.NET/.

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L’éveil

Suivant l’exemple des indignés, et maintenant celui, admirable, des étudiants en grève, je découvre en moi l’énergie d’une combattante. Peut-être ai-je fait le tour de mon jardin. Peut-être ai-je peur de m’engourdir à force de me regarder le nombril. Certes. Mais il y a plus.

Qu’est-ce qui fait qu’une trentenaire ordinaire, sans histoire particulière, issue de la classe moyenne, décide de se lever, solidaire, et de réclamer un meilleur avenir collectif?

Qu’est-ce qui pousse une femme occupée à élever ses enfants le mieux possible dans un monde effréné, qu’est-ce qui fait que cette citoyenne décide d’employer le temps qu’elle n’a pas pour contribuer à changer le monde?

Qu’est-ce qui fait qu’une individu, enlisée depuis des années dans le confort et l’indifférence, blasée de sa société diluée dans l’immobilisme et le cynisme, se mette soudainement en marche et incite son entourage à la suivre?

Qu’est-ce qui motive une fille de la génération X, qui a vu la déconfiture de ses parents devant un Québec refusant l’indépendance en 1980 et qui a elle-même pleuré aux premières loges lors du Référendum de 1995, qu’est-ce qui la motive à sortir de son marasme 17 plus tard, en se disant qu’il n’est peut-être pas trop tard?

L’élément déclencheur, c’est la forte impression, de plus en plus nette, que nos élus nous précipitent dans une impasse, à vitesse grand V. Et de cette impression surgit, un jour, une certitude, et ce sentiment devient si limpide, si évident, que l’on ressent alors l’urgence, l’obligation d’agir. Ce ras-le-bol généralisé nous prend aux tripes lorsqu’on décide que la farce a assez durée, que la soupape va sauter, qu’il faut se lever, mettre son pied à terre, s’affirmer, dénoncer, s’informer, se rallier et se tenir debout envers et contre les oppresseurs, les corrompus, les ennemis de la démocratie, les démagogues et les larbins.

Montréal, 22 mars 2012

«Il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue».
-  Victor Hugo.

Voilà. L’heure est venue.

Allons chercher ceux qui ont peur
Parlons-leur de nous, mais aussi d’eux
De leurs parents, de leurs enfants
De leur avenir
De leur terre-mère.

Grâce au pouvoir tranquille du nombre
Nous vaincrons la force d’inertie
Le nivellement par le bas
L’aplat-ventrisme
L’asservissement
L’opportunisme
Et l’individualisme.

Détrônons sans vergogne
Ceux qui nous donnent en pâture
Aux requins de la finance
Ces magouilleurs sans coeur
Qui nous dépossèdent de notre culture
Qui limitent la portée de notre langue
Qui démantèlent notre démocratie
Au profit de l’industrie
Des milliardaires, et des lobbys.

Refusons en bloc cette dictature de la croissance infinie
Projetons-nous bien au-delà des spéculations financières
Faisons preuve d’innovation et d’empathie globale
Pour le bien-être des générations futures
Et la pérennité de cette terre qui croule sous le poids de trop d’ambitions.

Tannée de faire semblant que tout va bien
Marre de sourire alors que tout me désole
Écoeurée de maugréer seule dans mon coin
Consternée de ne plus reconnaître ma patrie
Fatiguée de pleurer d’indignation.

Je n’en peux plus d’aller de déception en désillusion
Je ne veux plus devoir mentir à mes enfants qui doutent
Et c’est pourquoi je dénonce ceux qui clament au plus fort la poche
Et c’est pourquoi je refuse d’abdiquer devant ce régime sans âme.

Je rêve de compassion.
D’émancipation
D’humanité.
Je rêve d’indépendance.

«You may say I’m a dreamer… but I’m not the only one». – John Lennon

Je rêve d’un pays bleu et harmonieux
Où l’on fait de l’éducation une priorité
Où l’on encourage l’entraide et la collaboration
Je rêve d’un monde éco-responsable
Où les richesses sont réparties équitablement
Où l’on développe dans une perspective de durabilité.

Je rêve d’une société ouverte et sensible
Où les aînés sont protégés et respectés
Où la jeunesse est nourrie de fougue et d’espoir
Je rêve d’un peuple créatif et incarné
Porté par une culture inspirante et une langue vivante
Je rêve d’une nation affranchie et cultivée
Dont la vitalité n’a d’égale que sa fierté.

Mais pour qu’un rêve se réalise, encore faut-il se réveiller!

Aux allumeurs de conscience,
Aux visionnaires,
Aux utopistes,
Aux insoumis
À ceux qui m’inspirent, me guident
et m’incitent à leur emboîter le pas,
Je dis ne lâchez surtout pas,
allez et clamez votre indignation,
continuez de nous insuffler l’espoir d’un Québec meilleur
où règnent le respect du bien commun
et la justice sociale.

«Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde, puisque c’est effectivement de cette façon que cela s’est toujours produit.»  – Margaret Mead

Nous émergeons d’une longue torpeur
Et en ouvrant les yeux
En prenant la parole
En bousculant l’ordre établi
Nous clamons le droit d’être entendus.

Et puisque nous sommes éveillés
Il ne nous suffit plus de rêver:
Le temps est venu de mettre en oeuvre
Nos aspirations.

Et parce que l’heure est grave
Renversons la vapeur à grand coup de réflexions
Continuons d’envahir la place publique
Continuons de nous rassembler
Organisons la résistance
Par nos écrits, nos gestes et nos paroles
Marchons en confiance vers l’indépendance.

La révolution s’avère nécessaire
Elle s’impose d’elle-même
Inévitable
Incontournable
Elle commence ici
Elle commence avec nous
Nous, porteurs d’idéaux
Nous, bâtisseurs d’avenir.

Nombreux et éveillés
Alertes et indignés
En colère
Debout
Nombreux et fiers
Saisis d’urgence
Déterminés
Confiants
Inébranlables
Nombreux nous amorçons
L’ascension vers la liberté.

Tournons le dos à l’individualisme
Unissons-nous contre la barbarie
Et brassons la cage aux indécis. 
Fulminons en choeur
Hurlons notre ras-le-bol
Indignons-nous jusqu’à l’âme
Et réclamons la vérité. 
Vibrons de fougue et de passion
Accueillons le vent du changement
Ouvrons les vannes de l’espoir
En exigeant la justice,
l’équité,
le savoir,
et la beauté…

* * *

Mise à jour (15 avril 2012, 00:55)

J’étais présente à plusieurs des manifestations étudiantes qui ont eu lieu à Montréal au cours des dernières semaines. J’étais notamment parmi les 200 000 marcheurs lors de cette inoubliable journée historique du 22 mars. Ces bains de foule ornée de rouge, ces rassemblements ponctués de discours enlevants et ces mobilisations agrémentées de savoureux slogans, m’ont transformée, NOUS ont transformés. La grève étudiante, qui a des visées bien au-delà des droits de scolarité, est en train de nous révéler à nous-mêmes.

Le 7 avril, j’ai suivi via Internet, de midi à minuit, l’événement Nous?, incontestablement l’un des grands moments charnières du mouvement de solidarité qui ne cesse de croître au Québec depuis quelques semaines. Écris et lus par des personnalités impliquées, ces textes magistraux sont porteurs d’idéaux auxquels NOUS aspirons, et sont précurseurs de cette révolution que NOUS mijotons. J’estime que Nous? a tracé, de ses voix multiples, une voie vers ce futur qui sera. À nous maintenant, d’emboîter le pas, comme l’a fait l’inconnu de la 11e heure. À nous de dire. À nous d’agir.

Car ce mouvement populaire, loin de l’essoufflement, prendra dans quelques jours une nouvelle envolée, plus puissante encore. Le 22 avril, on se fait un printemps québécois en ce Jour de la Terre. Celui qu’on appelle déjà le Printemps Érable. Bien entendu, j’y serai, avec ma famille et de nombreux amis. Mais je serai là, le lendemain, aussi. Et l’an prochain, assurément.

En fait, c’est décidé, et j’en fais ici le serment: jusqu’à ma mort, tant que je le pourrai, je cocherai présente chaque fois qu’il sera question de l’avenir de mon peuple et de ma planète.

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Alouette, gentille alouette…

un récit de David Marin

Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part d’une (més)aventure qui m’est arrivée récemment et qui en dit long sur notre définition de «sécurité publique».

Je suis ce qu’on appelle un travailleur autonome. Pour gagner ma vie, j’écris des chansons, des sketchs, des petites histoires ou des chroniques que je vends du mieux que je peux, souvent pour très peu. Je survie dans ce métier surtout parce que je travaille de la maison, m’épargnant ainsi les frais de transport, les restos, la location d’un bureau, etc…

Cette survie dont je vous parle est aujourd’hui menacée par des éléments hors de mon contrôle. Je m’explique:

Depuis plusieurs semaines, des perturbations extérieures nuisent considérablement à ma productivité. En ce début de printemps, des milliers d’oiseaux (des outardes, je crois) ont choisi mon arrière-cours comme lieu de rassemblement matinal. Leurs cris stridents, loin d’être mélodieux, envahissent toutes les pièces de mon humble demeure. J’ai beau me mettre des bouchons dans les oreilles, fermer les fenêtres, monter la radio, rien n’y fait, je suis incapable de me concentrer. Ce petit manège animalier (qui dure parfois plus d’une heure !!!) brise d’un coup la routine de travail que j’ai minutieusement développée depuis plusieurs années.

Pour mettre fin à ce cauchemar, j’ai d’abord tenté de leur faire peur avec un balai, puis j’ai sorti le chien, ce qui sembla fonctionner pour un temps. Mais le matin suivant, ces volatiles débiles ne pensant qu’à leurs nombrils s’installaient dans les arbres, sous ma galerie ainsi que sur le terrain de mon voisin. On aurait même dit que leurs rangs grossissaient proportionnellement à l’énergie que je mettais à les faire fuir. Je n’en pouvais plus alors j’ai appelé la police. 9-1-1!

Quelle erreur! On a d’abord cru à une mauvaise blague, puis on s’est moqué de moi et enfin on m’a laissé parler:

- Mais non monsieur l’agent, je suis sérieux, j’aimerais qu’on m’envoie une escouade tactique avec tout l’arsenal nécessaire, le gaz machin, les grenadines, les matraques et qu’on montre à ces oiseaux moqueurs c’est qui qui mène icitt’!
– …
– Mais c’est mon droit de travailler dans le calme il me semble, non? Il doit bien y avoir un règlement, un loi qui me protège de ce désordre sonore. Et je vous épargne les détails de ce qu’ils laissent comme traces sur les vitres de ma voiture. Qui sait où ils vont s’arrêter?
– …
– Sérieusement j’ai cru voir de l’agressivité dans les yeux de certains d’entre eux, je me sens intimidé et j’ai bien peur qu’ils soient sur le point de s’en prendre à ma personne monsieur l’agent…

Mais rien à faire… On m’a expliqué calmement que la police ne s’occupait pas de ce genre de dossier. On a tenté de me convaincre que la nature était ainsi faite, que c’était certainement temporaire et que je devrais en accepter les petits désagréments de façon plus philosophique. Au fond, on me disait que j’étais chanceux de vivre dans un endroit où les oiseaux venaient encore se poser de temps en temps, pour nous rappeler leur existence sauvage et libre.

J’ai raccroché. Je ne savais plus trop quoi penser de tout ça alors j’ai ouvert la télé pour me changer les idées et peut-être enfin retrouver un peu d’inspiration. C’est à ce moment,en regardant les nouvelles, que j’ai tout compris. La police m’avait menti sur toute la ligne. Si la sécurité publique ne pouvait rien faire pour moi, c’est qu’elle manquait d’effectifs. Le pauvre représentant des forces de l’ordre n’avait pas trouvé le courage de me le dire mais je le voyais bien à l’écran: tous ses hommes et femmes casqués, armes et boucliers à la main, étaient définitivement sur une mission des forces spéciales. Oh là là… et quelle force mes amis!! Gaz, grenades, matraques, ces policiers en armures déployaient avec une étonnante violence tout l’arsenal disponible pour écraser d’autres oiseaux libres (je crois qu’il s’agit du gréviste-à-carré-rouge d’Amérique). Ces oiseaux, encore plus nombreux et bruyants que ceux dont je me plaignais encore ce matin, ces oiseaux uniques dans notre paysage étaient donc venus aussi, en ce début de printemps, rappeler au monde leur existence.

J’ai fermé la télé et je me suis couché, rassuré.

Affiche vue dans la vitrine du Quai des Brumes

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Salutaire lumière

Dernier jour d’un été riche en lumières. Rayons solaires, rayons lunaires. Révélatrices lueurs. Éclaircies cérébrales. Assouplissement du corps. Apaisantes accalmies.

L’été, ma saison préférée. L’été, dont je ne retire qu’espoir, bonheur et sérénité.

Lézarder. Contempler. Respirer.

Réfléchir. M’ouvrir. M’assoupir.

Penser à rien. Faire le vide pour mieux faire le plein.

Et surtout, absorber toutes, toutes, toutes les variations lumineuses qui percutent chaleureusement ma peau, mon plexus solaire, et mon âme perpétuellement en quête de lumière.

Les variations saisonnières m’affectent plus que n’importe quoi. Peu importe ce qui bouscule mon quotidien, peu importe les embûches et les épreuves, je les verrai sous l’angle de la lumière que m’offre l’inclinaison terrestre à ce moment-là. Que tout aille sur des roulettes en plein mois de janvier, je resterai de glace, butée, gravement pessimiste. Que mon monde s’effondre en solstice d’été, je ferai preuve d’une étonnante résilience.

Ainsi, à l’aube de l’automne, je sais que mon bonheur tranquille se muera progressivement en angoisse irrationnelle, à mesure que déclinera sérieusement la lumière, quelque part en octobre…

D’ici là, tous mes sens se concentrent sur mes capteurs solaires. Mon organisme, accro à la chaleur, fuit les zones d’ombres et passe tous les instants possible dehors, sous les oranges rayons obliques de septembre. L’urgence d’en profiter. De faire d’illusoires réserves. De faire durer le plaisir, encore, jusqu’à l’orée d’un autre impitoyable et interminable hiver.

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