J’écris ces lignes en plein vol, à bord de l’avion qui me ramène à la maison, après un bref séjour à Vancouver.
Ce printemps marquera le 2e anniversaire de mon retour définitif à Montréal, après 7 années passées au bord du Pacifique. Pour ceux qui l’ignorent, j’ai en effet vécu à Vancouver de 2003 à 2009. Downtown, carrément. Ma fille aînée avait 18 mois lorsque nous nous sommes établis en famille sur la Côte Ouest. Ma plus jeune est née au St.Paul’s Hospital, rue Burrard, à quelques pas de False Creek, alors que les bourgeons des cerisiers s’en donnaient à coeur joie, fleurissant en une multitudes de teintes rosées. C’était un 3 mars…
Suis-je nostalgique? Comment vous dire… Si, bien sûr, jusqu’à un certain point. Qui ne le serait pas? On y mange bien, l’air est frais, la nature y est grandiose, les gens sont relaxes, et le gazon reste vert à l’année. Il est facile d’aimer Vancouver, et je pourrais énumérer des centaines de raisons expliquant pourquoi je la considérerai toujours comme mon deuxième chez-moi. Pourtant…
Architecture, marché immobilier et perte d’identité
J’ai vu Vancouver se préparer frénétiquement pour le moment le plus important de sa jeune existence: les Jeux Olympiques. Au cours des années où j’y ai vécu, j’ai été témoin du plus gros boom immobilier et infrastructurel qu’il ne me sera jamais plus donné de voir. J’ai fait la description de cette métamorphose sur le blogue de Radio-Canada l’an dernier. La presqu’île adjacente au Parc Stanley, où est situé le Centre-Ville, constitue aujourd’hui une dense forêt de verre. Sur cette petite parcelle de terre entourée d’eau, les rares maisons victoriennes qui résistaient encore aux entrepreneurs envahisseurs ont été démolies ou déportées à la veille des Jeux. Aujourd’hui, il en reste très peu.
J’ai vu le marché immobilier, déjà très élevé en 2003, grimper en flèche jusqu’à des sommets inimaginables. Vous voulez une maison unifamiliale à Vancouver? Pour 600,000$, vous en aurez une qui nécessite beaucoup de rénovations dans l’est de la ville, loin du bord de l’eau. Vous voulez être bien situé et ne souhaitez pas rénover? Eh bien, préparez-vous à payer 1 million. Vous optez plutôt pour un petit condo avec 2 chambres à coucher? Vous en aurez un avec une parcelle de vue pour 450,000$. Par ailleurs, je tiens à souligner que le Downtown Eastside de Vancouver est le quartier le plus pauvre au Canada… L’écart entre les riches et les pauvres est flagrant, dans la ville la plus dispendieuse du pays.
Quoi qu’il en soit, résider à Vancouver fut une expérience déterminante qui a beaucoup influencée ma façon de penser, de vivre. Je suis fière d’avoir fait partie intégrante de cette ville superbe au climat clément. Je me considère privilégiée d’avoir pu offrir à mes filles une petite-enfance fleurie au bord de la mer. Il est vrai que cette petite métropole a quelque chose de paradisiaque. Mais il est aussi vrai qu’elle est dispendieuse et contaminée par la richesse.
Hier, j’ai passé la soirée chez une bonne amie, une femme brillante, éduquée, qui n’a jamais manqué de travail, mais qui ne peut se payer qu’un 4 et 1/2 dans un demi-sous-sol de l’est de la ville, où elle vit avec sa fille. L’appartement lui coûte 1,400$ par mois. Loin de la plage. Pas à distance de marche du Skytrain non plus. Pas de vue spectaculaire sur les montagnes, il va sans dire! Oh, il y a bien quelques rhododendrons bien verts en plein hiver en bordure de sa rue. Mais bon…
Elle raconte: «J’ai l’impression que les vancouvérois de souche, comme moi, ont été dépossédés de leur ville. Ça ne nous ressemble pas, tous ces condos, toutes ces tours. Nous avons perdu quelque chose au cours des dernières années. On dirait qu’on est en train de perdre notre identité.» Comment envisage-t-elle l’avenir? «Il faudrait que je me trouve un amoureux fortuné!», lance-t-elle, mi-figue, mi-raisin. Bien sûr, elle blague. Ce n’est pas le genre de fille à se lancer à la chasse au millionaire. Mais elle songe sérieusement laisser tomber son domaine d’expertise (le milieu des arts), qui pourtant la passionne, afin de retourner aux études en Droit. «Je ne suis pas du tout certaine que je vais aimer ça… mais j’ai l’impression de ne pas avoir le choix si je veux sortir de ce sous-sol et réussir à payer l’université à ma fille.»
When the party is over
Je suis retournée à Vancouver lors des Jeux Olympiques l’an passé, à titre de journaliste pour Espace Musique. J’avais pour mandat de couvrir les événements culturels en marge des compétitions sportives. C’était exaltant. Un grand moment dans ma carrière et dans ma vie. Ce qui était particulièrement formidable, c’était cette énergie festive qui émanait des tous les pores de la ville, enfin! Car il faut savoir que Vancouver, d’ordinaire, se laisse bercer par l’océan sans trop faire de vagues. Une ville tranquille. Certains la surnomment la «No Fun City». Ce n’est pas moi qui le dit. N’empêche, c’est là l’une des raisons pour laquelle j’ai choisi de revenir vivre à Montréal. Outre le fait que je souhaitais me rapprocher de nos familles et que j’en avais marre du capitalisme extrême, l’énergie des montréalais et la trépidante vie culturelle de Montréal me manquait. Un an jour pour jour après les Jeux, je peux vous confirmer que Vancouver ne semble pas avoir prit goût à la fête. Cette semaine, la ville semblait dormir, même si au cours de mon séjour ont eut lieu des cérémonies commémoratives à l’extérieur. Pas d’étincelles dans l’air. Le calme au beau fixe.

Le Village Olympique de Vancouver, un an plus tard. Note: les figurantes sur la photo sont mes filles; l'endroit était désert.

Dans le quartier Yaletown, il est difficile de trouver des vêtements pour enfants. Par contre, les boutiques de luxe pour chiens abondent...
Cela dit, j’ai apprécié cette semaine de vacances au bord du Pacifique. J’ai rendu visite à des amis, j’ai profité de la douceur de l’air, j’ai bien mangé, je me suis émerveillée devant le paysage. J’ai boycotté, comme d’habitude, la centaine de Starbuck’s que j’ai vu défiler au cours de mes promenades. J’ai aussi (beaucoup) marché sous la pluie en regardant jogger les vancouvérois et leurs petits chiens vêtus selon les tendances dernier cri. J’ai arpenté le coûteux Village Olympique, qui ressemble aujourd’hui à une ville fantôme.
Mon voyage est terminé, et je ne suis pas du tout déçue de revenir à Montréal, même si je sais que je devrai pelleter pour retrouver mon véhicule enseveli quelque part dans l’ÉconoParc de l’aéroport…
L’âme de Montréal
Montréal, j’aime tes quatre saisons. J’aime tes imperfections. Ta joie de vivre dans la tempête ou dans la canicule. Ton aspect tout croche, messy, hétéroclite et pourtant si harmonieux. J’aime ta faune urbaine colorée et créative. Montréal, j’aime ta personnalité authentique, malgré tes défauts. Certes, Vancouver aurait beaucoup à t’apprendre, notamment en matière d’urbanisme et d’intégration des cours d’eau à la vie de tous les jours, entre autres. Vancouver est avant-gardiste à bien des égards. Vancouver est belle, mais à mes yeux, elle n’est pas capable d’autant de chaleur humaine.
Mon coeur est déchiré entre l’Est et l’Ouest, mes racines sont éparpillées d’un océan à l’autre, mais il m’a pourtant fallu choisir. Rien n’est parfait, nulle part. Ces deux villes ont chacune leur bons et leurs mauvais côtés. J’ai choisi Montréal pour le meilleur et pour le pire. Mais surtout pour le meilleur: son âme.